Aretha Franklin de la culture queer, Beth Ditto, 28 ans, leader du quatuor punk-pop américain Gossip, ramène ses miches exceptionnelles pour un troisième album pour hommes produit par Rick Rubin. Shake your asses !
gossip Beth Ditto interview francais

© Ilanit Illouz

Beth, ce numéro tourne autour de l’hédonisme. Comment définissiez-vous la sensualité ?
Beth Ditto : Des putes et de la coke.

De quoi une femme a-t-elle besoin pour être sexy ?
D’un seau de poulet frit et de DVDs de la série Roseanne.

Qu’est-ce qui vous choque ?
Le privilège mâle, les gouines maigres comme des os et, dans le bon sens du terme, Les Griffin, que j’aime toujours autant après dix ans.

Qui sont vos icones en termes de style ?
Christian Slater dans Skate Rider [Graeme Clifford, 1989], Edward Furlong dans Terminator 2 [James Cameron, 1991], Missy Elliot, JD Samson du Tigre.

Le concert idéal, c’est comment ?
Fever Ray [Suédoise électro-macabre, moitié de The Knife] en première partie des Boredoms [formation psychédélique japonaise], les deux plus beaux concerts que je n’ai jamais vu… combinés !

Six mots pour vous décrire ?
Seule TOI peut éviter le narcissisme.

Quel conseil n’avez-vous pas suivi ?
Ne nourrissez jamais les Gremlins après minuit, j’ai bien compris, là.

De quoi êtes-vous la plus fière ?
Ce disque avec Rick Rubin, avoir rencontré Yoko Ono.

En quoi votre musique est-elle, aujourd’hui, destinée « aux hommes » ?
C’est en réalité pour l’Homme en général. Il a besoin d’une petite injection queer et nous sommes là pour ça.

Par Valentine Faure dans Standard n°27

Gossip
Music For Men
Sony BMG

 

beth dito evans

Coup de gueule
« Vous ne voulez pas habiller les gros ? »
Beth lance cet été sa collection pour Evans, la marque anglaise qui habille les rondes. Une revanche ?
Remember : en 2007, elle adressait une lettre ouverte à TopShop, au sujet d’un contrat de plusieurs millions de livres offerts à Kate Moss pour le design d’une ligne de fringues… pour squelettes : « Donnez-moi le job. Je vais vous faire des fringues pour les grosses et les gros, je vais vous en donner du XXL. Ce n’est pas pour le fric ou me vanter de traîner avec Kate Moss – ce qui serait classe. Je veux plus. Je veux ce qu’elle a eu. Je ne pense pas que ça soit juste de me mettre en vitrine d’un endroit où on ne me laisserait jamais entrer pour me saper. Si vous voulez notre musique, il va falloir le mériter. Je peux trouver du pognon n’importe où, je n’ai pas besoin du vôtre – à moins qu’on le fasse à ma manière. Vous ne voulez pas habiller des gens comme moi, avec un corps comme moi, un corps plus gros, whatever ? Je n’ai pas vraiment compris ce que vous attendez de Gossip : si vous me croiseriez dans la rue, vous ne me donneriez même pas l’heure. »

 

Gossip

« Au supermarché »
L’écrivain Wendy Delorme a rencontré l’amour dans un live de Gossip. 
« Beth Ditto était une icône de la subculture queer avant de devenir icône tout court. La première fois que je l’ai vu, c’était à Saint-Ouen en 2004 devant cinquante personnes. J’ai suivi avec joie sa montée. Quand un(e) artiste de notre subculture devient populaire, je m’en réjouis. Beth représente une vraie sincérité dans sa relation à son œuvre, il y a une grande puissance dans ses messages, parce que sa musique est géniale, donne envie de danser et de faire la révolution. Quand je l’ai vue en couverture des Inrocks, j’étais aux anges. Enfin ! Mais ça m’a fait bizarre l’an dernier de me retrouver dans un supermarché géant de Philadelphie et d’entendre Standing In The Way Of Control parmi des familles poussant des caddies remplis… Je me demande si elles comprennent le sens des paroles. »

Insurrections en territoire sexuel
Au Diable Vauvert