Ce soir, l’arrivée de Standard 41 se fête dans un lieu parisien qui commence par “P”. Et si on revenait sur notre article sur les années Palace ? On compte sur vous pour être aussi flamboyants que ces messieurs dames !
Créature extravagante de la nuit parisienne, Jenny Bel’Air, 57 ans, fut l’intraitable physionomiste du Palace. Et alors qu’un documentaire intime s’interroge sur sa vie d’après, retour sur les fréquentations d’une diva à deux doigts de boucler un savoureux recueil de gossips.
Philippe Morillon Palace jagger standard

© Philippe Morillon

« Mes bébés, on va se mettre là, on sera bien. » Un après-midi glacial, Jenny nous reçoit dans la bibliothèque du Cercle, club privé rue Etienne Marcel, son nouveau refuge.

Un détail capital n’apparaît pas dans le film : quand étiez-vous physionomiste du Palace ?
Jenny Bel’Air : C’est un peu flou. Par périodes, de l’ouverture en 1978 à 1983. Très peu ensuite et après : trou noir. La dernière fois, c’était en 1994. L’idée vient de Fabrice Emaer. Il y avait cette rumeur : « Le Palace ? Mais qu’est-ce que c’est ? » Après on a vu les travaux. Il a retapé un théâtre à l’italienne de la rue du Faubourg-Montmartre qui se cassait la gueule. Il voulait d’un Studio 54 français et tout le monde a suivi. Petit à petit sa bande est venue et moi aussi, je n’avais rien, pas d’argent, pas de situation, pas de who’s who machin. Je devais m’affirmer par mon paraître, un peu outrancier, violent.

Violent ?
Magnifique. J’apparaissais sous un patchwork étrange, entre Divine et une femme de ménage. Un maquillage différent tous les soirs, très pop art c’est moi l’impératrice, avec une ligne d’eye-liner terrorisante, c’était le but, le jeu. Car tout Paris était là.

Vous teniez la porte tous les soirs ? A quel rythme ?
Ça dépendait. Un mois ou deux et j’arrêtais, je reprenais deux mois après. Je commençais à 23h pour terminer à 6h, du lundi au dimanche. Le club était ouvert tous les soirs. Entre 1980 et 1982, on a accueilli un million de personnes, vous vous rendez compte ? La capacité du lieu, c’était 1500 places, mais on trichait, il y en avait 2300, 2500. Plein à craquer, extraordinaire !

L’idée, c’est la démocratie du style ?
Oui. Un(e) clochard(e) hyper bien habillé(e) qui me plaisait pouvait rentrer. Dedans, il y avait des coins tranquilles pour ceux qui pouvaient se payer des bouteilles, des gigolos et des putes. Et tout le monde pouvait y accéder. Ça n’existait pas, le coin VIP ridicule ! Avec des personnes improbables à la table de gens hyper chics, bras dessus bras dessous, au champagne ! Après, pour hiérarchiser la clientèle, ils ont quand même créé le Privilège.

Au sous-sol ?
Oui. « Les plus heureux » comme je les appelle, les BCBG, les riches (dont le cirque peut-être aussi élégant que pitoyable) avaient leurs tables, mais à un moment, ils s’emmerdaient et remontaient pour voir la canaille, la chair fraîche, plus authentique et rigolote.

Pierre et Gilles vous décrivent comme « une reine indomptable » et Marco Prince comme « une terreur ».
Certes je n’ai pas été très tendre, j’étais la méchante maman. Mais l’autre physio, Edwige, était beaucoup plus dure que moi… look de lesbienne, perfecto cuir, tête blonde à la Warhol, on avait l’impression d’être reçu par une gouinasse, c’était curieux… J’étais sévère mais c’était quand même dangereux, avec la porte Montmartre à côté. C’était la naissance de la racaille, d’une nouvelle délinquance ; ils voyaient rentrer le top du top, ça leur donnait envie. J’étais donc obligée, sur demande de ma direction, d’être extrêmement cassante. Avec mes lèvres noires, j’étais une sorte de démon. Je regardais les habits, les chaussures.

Et vous refoulez Michael Douglas qui se pointe en tennis !
Ce ton typique de San Francisco m’a tellement énervée… Il était avec un mec que je ne supportais pas, ça tombait mal. Il m’a pris de haut, affligeant. « Do you know who I am? » J’ai répondu : « Okay, me too, this is my place and who are you? Oh, Michael Douglas? Can you change your shoes? This is a private party. » Il est revenu avec des pompes et j’ai dit « Thanks, merci, merci beaucoup. » Le truc c’est l’humour, l’humour dur, un peu froid, cinglant, qui répond, parce que tout n’était pas rose : à part la clientèle prout-prout, il fallait se farcir le tout-venant via des conflits assez redoutables.

Philippe Morillon Palace ionesco

© Philippe Morillon

Jenny Bel’Air : « Une fille habillée en Mugler faisait bander quarante mecs en trois secondes »

Des bagarres ?
Naturellement, comme partout. Mais pas toutes les nuits non plus. Quand c’était irrévocablement non, je disais « je suis navrée » et pas « casse-toi tu pues, tu me fais chier », pas du tout ! Et si j’avais envie d’un mec, il pouvait rentrer.

Ah oui ?
On pouvait baiser comme on voulait, c’était incroyable, en un clin d’œil, hop ! En plus, quand t’as un peu de pouvoir, tu fais ce que tu veux donc c’était à couilles rabattues ! Si quelqu’un avait composé ces nuits-là une symphonie de l’amour, je peux vous dire que Beethoven aurait déjà été oublié ! C’était trop drôle d’entendre aux chiottes, un peu partout, des râles de plaisir… La musique, l’alcool, la baise… il fallait pourtant qu’un iceberg nous éperonne et le Sida est arrivé.

Il y avait toute la mode, Karl Lagerfeld, Thierry Mugler…
J’ai cette vision amusée de Kenzo, son petit œil par-ci par-là. Les créateurs, anciens et nouveaux, venaient voir les tendances. Ils s’attachent à l’élévation du subtil, à mettre en beauté tout le monde, riches et pauvres. Une fille habillée en Mugler faisait bander quarante mecs en trois secondes, ce qui est assez rare. La tenue des serveurs était signée Mugler avec leurs épaules dorées, leur moule-bite rouge, c’était audacieux, ça énervait énormément.

On pouvait voir Maurice Béjart danser avec le roi de Suède.
Inouï ! Combien de fois je disais « Votre Majesté… » et on me faisait comprendre « Chuut ! Incognito… » Pareil pour le Roi du Rocher [Albert II de Monaco] qu’il ne fallait surtout pas appeler Monseigneur.

Il y avait aussi les maîtresses du dictateur Juan Perón et du Maréchal Pétain…
Normal. Dans la vie on peut s’attendre à tout. Si j’avais tenu la porte quarante ans avant, j’aurais très bien pu danser avec…  Hitler ! Hitler jeune ! Peut-être que dans sa jeunesse viennoise puis munichoise, il ne pouvait pas rentrer dans les endroits décadents plein de filles et de garçons pour le sucer, parce qu’il n’était pas génial, rejeté par le physio ou par une belle nana et c’est peut-être de là qu’est venu ce rejet de l’humanité, de l’art –  enfin c’est une réflexion personnelle. Qui peut savoir qui deviendra un monstre ? Au Palace tout était possible ! Une fille a même été abordée par un Japonais qui l’a mangée. Il y avait aussi un dingue qui attaquait les seins des filles décolletées avec une aiguille. Et il fallait gérer ça. Pas évident.

Top 5 des chansons les plus représentatives de l’esprit Palace ?
Voulez-vous coucher avec moi de Patti LaBelle, I Will Survive de Gloria Gaynor, la version de La Vie en rose de Grace Jones, Walk on the Wild Side de Lou Reed. Et aussi… Il est mort le Soleil de Nicoletta.

Dans votre biographie**, vous rappelez cette définition de la star selon David Bowie : « C’est comme être assis à l’arrière d’une voiture qui démarre trombe, file de plus en plus vite : vous êtes collé à votre siège et la voiture accélère encore. » Quelle différence entre une star et un people ?
Je connais les deux. J’ai beaucoup de tendresse pour mes amis people de la mode ou de la télé. La star est un écrin envié mais terriblement respecté, le people est envié mais pas du tout respecté par la populace, ça dure une semaine. On allume la télé et il y en a de nouveaux. La Ferme Célébrités par exemple [voir p. XX], on me l’a proposé. Mais ça se serait très mal passé : Mickaël Vendetta, je l’aurais étouffé avec mon fion !

TF1 vous a téléphoné ?
Non, une star et un people – je ne vous dirai pas qui – m’ont coincée pour m’en parler. Mes éclats de rire résonnent encore dans l’endroit où nous étions. Ils avaient besoin de moi pour foutre le bordel, c’est évident. Avec mon répondant, je serais devenue mamie-confidences, ou avec Hermine de Clermont-Tonnerre que j’aime beaucoup, ça aurait été un copinage inouï ! Mais franchement c’est impossible, trop risible.

Philippe Morillon Palace paris soiree

© Philippe Morillon

Quelles sont les pires et les meilleures rumeurs à votre sujet ?
« Méchante », « vaudoue », « sorcière », « cruelle ». « Elle fait des miracles ». « Si elle t’aime tu réussiras tout ».

Dans votre bio il y en a deux. 1) « C’est un personnage louche, elle connaît des gens d’extrême droite, elle peut t’envoyer des skins et mettre ta maison à l’envers. »
Des propos de gaucho frustré ou de coco de merde sans couilles ! Oui, à l’époque des Bains-Douches [voir encadré], j’ai côtoyé des gens aux idéaux politiquement incorrectes et j’aime beaucoup Alain Soral. Mais ça ne veut pas dire que je partage ses idées. La nuit, on se fréquente, la personne est magnifique, malgré ses liens avec le Front National. Il ne me parle jamais de cela.

2) « Pendant sa période punk, un jour, elle est précipitée sur une crotte de chien et l’a mangé. » Au début, c’est présenté comme vrai, puis vous démentissez cent pages plus loin. « Je l’ai juste ramassé. » Alors ?
[Elle rit] Quand on a vu Pink Flamingos [John Waters, 1972] avec Divine qui bouffe de la merde, chacun peut imiter. Je l’ai juste touché du bout du doigt puis lapé sur ma bouche. Très drôle ! Trash, trash, époque punky, épingle à nourrice, celle de mon très adoré Alain Pacadis !

Autre potin, vous saviez très tôt qu’Ari Boulogne était le fils de Nico et d’Alain Delon.
Quel drame ! C’était tout-craché son père dans Plein Soleil ! Hallucinant ! Bercé par maman Nico, Lou Reed et le Velvet ! Il a beaucoup souffert de ça, alors la bande et moi-même, nous étions très protecteurs. On hurlait pour que ça éclate, et puis Nico est partie tragiquement. Je ne sais pas si ça marche aujourd’hui entre Delon et Ari. A chaque fois que je voyais le père en soirée, je me disais « Mais putain réveille-toi, au secours, va lui parler ! » La dernière fois, je faisais de la figuration sur un téléfilm avec lui, je me suis barrée sans toucher mon cacheton, je connais trop mes nerfs.

Aujourd’hui, un potin pareil éclaterait en 48h !
A l’époque, malgré le téléphone arabe, les médias étaient très rigides, très bourges ! Maintenant les nouvelles arrivent en une minute, c’est pire ! Tout est dit d’une manière si horrible, mes bébés ! C’est beaucoup plus cru sur Twitter ! Il y a aussi des potins positifs : j’ai eu en bouche un mannequin américain, James Lowry, connu pour avoir le plus gros zouzou de la profession. C’était vrai, mais il n’avait qu’une couille. Tac, une rumeur triomphale à faire circuler ! Tout le monde m’écoutait ! Ça part très vite !

Il y a également ces gossips tragiques, liés au Sida : « A la porte, j’ai eu droit aux premières rumeurs, aux premiers potins, aux regards légèrement voilés, un peu inquiets. »
On ne savait pas ce que c’était : une grosse fièvre, un cancer, une grosse grippe ? On se demandait où était Pascal, Isabelle, et quand les joyeux drilles ne viennaient plus… La rumeur de la mort est la plus incroyable, elle détruit la jeunesse, la beauté, l’humour. J’ai vu la Mort passer devant le Palace avec sa faucille : des garçons qui pleurent en pleine soirée, des filles qui font des malaises, un sentiment de guerre. On se savait pas comment ça s’attrapait, le climat était cauchemardesque – même Stephen King ne saurait retranscrire ça. Quand je croise des rescapés, nos étreintes sont plombées de tristesse.

Jenny Bel’Air : « Si j’avais tenu la porte quarante ans avant, j’aurais très bien pu danser avec…  Hitler ! Hitler jeune ! »

Vous écrivez : « J’entends parfois dire que le Palace va rouvrir. Ce serait comme ouvrir les grilles du Père-Lachaise la nuit, on danserait dans un cimetière. »
J’y suis retourné il y a deux ans, pendant les travaux, tristesse. Le soir de la réouverture [en novembre 2008], on m’attendait au pilori, je n’y suis pas allé. C’est redevenu un théâtre, basta. Je me refuse à aller voir un spectacle, comme je me suis refusé à voir le téléfilm Rien dans les poches [Marion Vernoux, 2008] où Alain Chabat me singe. J’étais très mécontente et j’ai fait un procès que j’ai perdu à l’amiable. On ne touche pas à mon personnage sans me demander.

Vous avez des rumeurs rigolotes, là ?
On recommence à dire que Sheila est un homme. Steevy Boulay serait aussi papa d’un petit garçon.

On dit que vous préparez un recueil de gossips assez explosif. Vrai ?
A la sortie de ma biographie, certains étaient déçus que je ne livre pas mes confidences, que je ne règle pas mes comptes avec la nuit. Ils  m’ont énervée ! Je reviens tout juste du Midi où je me suis retirée un an pour écrire ce petit recueil que je vais terminer bientôt. J’éponge, je remets les choses à leur place, pas de cadeau ! Ce sera des confidences assez crues, publiées sous pseudonyme je pense, très amusantes ! Un bon pétard, pas pour faire une révolution, plutôt pour dire que certaines personnes au pouvoir, ou qui ont eu le pouvoir, ont côtoyé un milieu sympathique. Il n’y aura pas trop d’horreurs – juste une mise au point.

Un exemple !
Oh, j’ai fait une pipe à un type extrêmement connu. Qui ne l’a pas fait ?

Un ministre ?
[Elle rit] Sous la Ve République… C’est pas le Président, ça vous rassure ? Pas du tout mon style. Beurk !

Philippe Morillon Palace paris soiree

© Philippe Morillon

Jenny Bel’Air : « Si quelqu’un avait composé ces nuits-là une symphonie de l’amour, Beethoven aurait déjà été oublié ! »

C’est signé chez un éditeur ?
J’hésite entre trois, un m’a fait corriger, un deuxième est dithyrambique, l’autre dit : « C’est une bombe ! ». Je n’étais pas Madame de Merteuil, mais pas loin. Pour l’instant j’appelle ça Le Nègre de mon Nègre. C’est rigolo, une Négresse qui prend un nègre.

Vous préparez aussi un nouveau tour de chant ?
Ouais, l’idée est de préparer un nouveau one créature show, tabouret table micro, mix par Patrick Vidal et autres amis, avec un mec à la guitare, sur des chansons bossa nova, jazz, françaises, modernes, des textes parlés sur la journée, la nuit, la ville, la bite, la chatte. Un patchwork de confidences amusantes, plus ou moins écrit, qui sera prêt dans quelques mois, et si on me pousse au vice, j’aimerais le jouer une semaine entière.

Dans le documentaire, vous êtes désignée comme « leader de l’underground parisien ».
Ça me fait rire. Je n’ai jamais voulu de ce rôle car si je l’avais endossé, je ne serais plus de ce monde. Le pouvoir rend fou, blase et quand tu as tout fait, tout vu, tu as envie de te casser. Et malgré mes excès, ce cap je ne l’ai pas passé et je ne le passerai pas. Je suis la star d’un groupuscule de gens riches et célèbres, pauvres et inconnus, de gauche et de droite, on s’aime, c’est suffisant pour moi.

Comment la nuit parisienne a-t-elle changé depuis 1994 ?
Tout a changé, tout ! Rire est devenu indécent, comme chanter à tue-tête ou embrasser une gonzesse dans la rue en rentrant de boîte. Tout est étriqué, c’est une robotique épouvantable de convivialité. De la froideur. On se dit « C’était mieux avant », mais pourquoi toujours avant, avant, avant ? Il n’y a pas si longtemps, on pouvait s’habiller comme vous, porter une cravate et être à l’aise sans être pris dans un code BCBG-bobo-machin. Ces étiquettes à la con créent de la dispersion entre les gens et les mouvements.

Vous sortez toujours ?
Je ressors. Je suis entièrement dévouée à Paris. Si c’était un mec il serait l’un de mes meilleurs amants. Ce n’est pas la nuit qui a changé, mais les gens. Je vais au Queen, les décos sont pareilles et ils font des soirées nostalgie, ça devient ringard pour moi. Alors je vais au 1515 [36 rue Marbeuf, Paris 8e], l’ancien Man Ray : la jeunesse s’entremêle, heureuse, ça dure des heures, drinks, jolies filles. J’ai aussi été reçue au Madam [128 rue de la Boètie, Paris 8e] par l’un des derniers physionomistes, le seul, l’unique, mon fils spirituel : Mathieu. Son attitude, sa façon de parler, il s’occupe bien du venant, du sortant. C’est ça un physionomiste.

Il n’y a plus de vrais physios ?
Très peu. Chaque boîte, chaque bar, demande à un mec de faire la sécu et le physio donc le mec s’en fiche, c’et au pif, pas de finesse, plus de diplomatie, strict. Si c’est soirée blanche et que tu arrives en rose, c’est non, même mais si t’es connu, tu te fais refouler, faut pas rêver. Un physio doit apporter du prestige et identifier les personnes importantes, les personnalités.

Si vous aviez 25 ans aujourd’hui, où sortiriez-vous ?
Au Cercle [6 rue Etienne Marcel, Paris 2e], au Mathis Bar [3 rue de Ponthieu, Paris 8e], dans un bordel du Marais où on reçoit des garçons et des filles, bi ou pas bi.

Quel bordel ?
Privés. En appartement, entre copains. La meilleure des décadences, c’est chez soi.

Quel est votre rôle au Cercle ?
Celui d’une égérie invitée constamment et à qui on donne de temps en temps le vendredi et le samedi pour recevoir. Alors j’invite, puisque l’endroit se prête à la discrétion. C’est la porte la plus difficile de Paris et ça ne m’étonne pas : à l’intérieur tout y est très drôle !

Entretien Richard Gaitet & David Herman Portrait de Jenny Bel’Air Remerciements Camille Charton

DVD
Jenny Bel’Air, la Diva des années Palaces
De Régine Abadia
La Huit / Heroic Films

* Photographies tirées du livre de Philippe Morillon
Une Dernière danse ? Journal d’une décennie 1970-1980
Editions 7L/Steidl

** Toutes les citations sont extraites de
 Jenny Bel’Air, Une Créature (lire encadré)
De François Jonquet
Pauvert, 2001

 

Jenny Bel Air Gregoire Sevaz

© Gregoire Sevaz

Extraits
Ca c’est Palace
Puisqu’on était trop jeunes, instantané de nuit.
« Jenny était là, bien sûr, au milieu d’une constellation de stars aux robes du soir de plus en plus déchirées. S’y pressaient Mick Jagger, Jeanne Moreau, Sophia Loren et le roi de Suède. Marie-France, rendue star par son imitation de Marilyn à l’Alcazar, Françoise Sagan qui jouait aux cartes jusqu’à l’aube, Diana Ross que je revois encore faisant un play-back sur un de ses morceaux. Helmut Berger a reçu un seau de champagne sur la tête : bagarre générale. “Pat Cleveland s’est complètement lâchée : un soir elle a dansé à poil, la chatte épilée en cœur, avançant son bassin vers quelques heureux élus, qui pouvaient y aller d’un coup de langue… Pour Claudia Cardinale, à qui un malfrat avait arraché une boucle d’oreille et presque le lobe avec, on a dû allumer toutes les lumières et tenter de retrouver les diams… Un soir où Bowie était là, j’ai eu la mauvaise idée de mettre son dernier disque. Tout le monde dansait et chantait en chœur, mais il s’est glissé jusqu’à moi pour me demander de mettre autre chose : c’était too much.»

 

le palace paris salle

Dans le bain des Bains
Jenny tenait aussi la porte des Bains-Douches. « Six mois par-ci par-là : expérience curieuse, fin des années 80, début des années 90, très panic room, qu’est-ce que je fous-là ? »
« Aux Bains-Douches, j’ai retrouvé des amis que j’avais connu chez Florent et Friquet. Dans ce lieu plus petit, plus intime, qui est tout de suite devenu l’autre rendez-vous de l’avant-garde, Mondino, Jean Nouvel, les Rita Mitsouko, Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clémenti créèrent un esprit famille. À l’honneur : la musique branchée et, dès 1978, un revival très 70. Patrick Vidal, mon bébé, mon grand ami, que j’ai connu là, aujourd’hui DJ culte et, à ma grande fierté, musicien avant tout, officiait aux platines avec Krootchey. Concerts exceptionnels. Les Bains ont fait connaître un nombre incalculable de gens. Le restaurant du premier étage était furieusement hétéro, un peu VIP déjà, car plutôt cher, mais au sous-sol… Ils avaient gardé la piscine : les gens se jetaient dedans, se baignaient… dans une odeur de poudre très tenace.
J’ai fait la porte. Le quartier était moins craignos. La clique des tapettes du cours Berçot, l’école de mode un peu trop fashion, des post-ados hétéros qui maintenant font dans le cinéma, Matthieu Kassovitz, Vincent Cassel et bien d’autres, des transsexuels, des petits cons de province montés à Paris se défoncer la gueule sous couvert de soi-disant études, se battaient à la porte. Clan contre clan. Les nanas provoquaient les mecs : bagarres. Les années 70 étaient déjà mortes. »