Tout en provoquant des monstres et des pistoleros sans foi ni lois, Martine Beswick et Caroline Munro ont imposé le women power au pays des vampires.
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Martine Beswick dans Opération Tonnerre, le quatrième James Bond

Des demoiselles en détresse, victimes, c’étaient les femmes dans le cinéma de genre des années 30 aux années 50. L’arrivée, à la fin des années soixante, de Martine Beswick et Caroline Munro, des actrices aussi belles que fortes, en phase avec l’esprit de leur époque, a changé la donne. Jamais ridicules – même quand la première porte une peau de bête pour une rixe avec Raquel Welsh dans Un million d’années avant J.C (Don Chaffey, 1966) ou en cruelle reine des amazones dans Les Femmes préhistoriques (Michael Carreras, 1967) –, elles ont apporté passion et charme aux plus incroyables séries B.

Aujourd’hui honorées à juste titre par une rétrospective pour la 19e édition de l’Étrange festival (en septembre dernier au Forum des images à Paris), Martine Beswick a été un symbole queer avec Doctor Jekyll et Sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971) avant même que le mot n’existe et une invitée marquante de séries cultes comme Mannix et L’homme qui valait trois milliards.

De son côté, le charme pétillant de la malicieuse Caroline Munro ne peut vous être étranger. Que ce soit dans Le Voyage fantastique de Simbad (Gordon Hessler, 1974), L’abominable docteur Phibes (Robert Fuest, 1971), donnant la réplique à des robots idiots (Starcrash, le choc des étoiles de Luigi Cozzi, 1978), à James Bond (L’Espion qui m’aimait, Lewis Gilbert 1977), à Purdey (Chapeau melon et bottes de cuirs), Caroline Munro vole toujours la scène dans laquelle elle joue. Une femme pour qui Colin Blunstone, le génial songwriter des Zombies, a écrit une chanson de rupture, Caroline, Goodbye (1971) ne peut être qu’une muse. S’entretenir avec ces héroïnes de cinéma fantastique artisanal, c’est un peu comme approcher de bienveillantes déesses qui tirent leur puissance de mystérieuses dream machines.

Ces deux Anglaises ont débuté par le mannequinat à Londres avant de faire partie de la famille iconique de la Hammer (compagnie anglaise responsable du retour en force du fantastique dans les 60’s et 70’s avec des acteurs mythiques du cinéma fantastique, Christopher Lee et Peter Cushing). Toutes les deux ont eu des partenaires de dingue, Martine Beswick rencontre les deux monstres sacrés ingérables : Klaus Kinsky et Gian Maria Volonté (dans le western italien El Chuncho en 1967); et Caroline Munro côtoie Lee (toujours actif et adoubé par Georges Lucas, Peter Jackson et Tim Burton) et Vincent Price (dont le dernier rôle fut en face de Johnny Depp dans Edward aux mains d’argent). Toutes les deux ont aussi…

… campé des James Bond girls
Martine Beswick : « On m’a envoyée sur le tournage de Dr No mais je n’avais pas d’expérience. Terence Young [le réalisateur des premiers James Bond] a tout de même trouvé que j’avais du potentiel, puisqu’il a fait appel à moi pour Bon baisers de Russie, où tout a commencé. Pour Thunderball [Opération Tonnerre en 1965] il s’est battu pour que je sois Paula, une fille des îles. »
Caroline Munro : « Bien que fort bref, mon rôle dans L’Espion qui m’aimait a marqué car c’est la première femme tuée par OO7 ! C’était une tueuse intelligente bien que coquine. J’espère que je lui ai apporté humour et sensualité ! Son clin d’œil, devenu célèbre, fut mon initiative ! »
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Caroline Munro dans Starcrash

… été des sex symbols en période féministe.
Martine Beswick : « Ça m’a donné le pouvoir d’être fière et loyale envers mes sœurs. Mes rôles représentent des femmes très fortes parce que c’est ce que je suis, même en assumant le manque de vêtements dans la plupart des films. »
Caroline Munro : « J’étais un peu naïve concernant le mouvement des femmes, je me souviens de manifestations de protestations quand Maniac [film de 1980 sur un serial killer qui scalpe ses victimes féminines] a été diffusé. Avec notre sensibilité actuelle, le film n’est même pas choquant. La preuve que la balance a été redressée et qu’on est plus jugées uniquement sur l’apparence. »

… aucun regret.
Martine Beswick : « Ce serait une perte de temps ! »
Caroline Munro : « J’ai vécu des moments fabuleux et je continue à travailler et à me rendre dans des conventions dans le monde entier. Je changerais ça pour rien au monde. Je viens de finir un court-métrage, The Landlady [La Propriétaire] à découvrir sur Facebook ! »

… des conseils à donner aux jeunes actrices.
Martine Beswick : « Cultiver une passion incroyable pour la comédie, c’est la seule chose qui vous fera tenir lors de refus et de déceptions. Quand le travail est rare, il est bon de continuer à étudier avec un bon professeur qui vous poussera et vous aidera à garder l’estime de vous même. »
Caroline Munro : « Le travail. Je sortais si rarement – on tournait dès l’aube ! – qu’en plein swinging London, alors que je joue une hippie chic dans Dracula 1973, je passe complètement à côté de la scène contre-culturelle ! Je voyais de loin ces fêtes, j’adorais les vêtements de l’époque et j’ai eu l’occasion de rencontrer des célébrités comme les Stones ou Bowie, donc j’en ai profité quand même. »

… une anecdote à retenir.
Martine Beswick : « Quand j’ai dû transformer Doctor Jekyll en une diabolique Sister Hyde sur un thème transgenre en avance sur son époque, j’ai commencé par rire. Puis j’ai pensé que nous avions tous une part féminine et masculine. L’équilibre pouvait être mis à mal. Il aurait été encore plus intéressant si nous avions développé encore plus loin ces déséquilibres. »
Caroline Munro : « Bien que critiqué lors de sa sortie en 1979, “le Star Wars du pauvre”, Starcrash, produit et réalisé en Italie [à l’époque Mecque de la série B (Luigi Cozzi, 1978)] est aujourd’hui hissé au rang de film culte. L’humour, les effets spéciaux malgré la technique et le budget, étaient incroyables. Les charismatiques Joe Spinell et Christopher Plumber accueillaient un David Hasselhoff qui faisait là ses débuts. » 

Par Jean-Emmanuel Deluxe