Etude samouraï de l’art de la comédie : de quoi se faire hara-kirire

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Un samouraï ayant raccroché les armes suite à la mort de son épouse est capturé par un shogun qui lui ordonne de faire rire son fils déprimé depuis le décès de sa mère. Il a trente jours. S’il échoue, il devra se faire hara-kiri. Souci : notre héros, Nomi Kanjuro, n’est pas drôle du tout.
Mais pourquoi la France découvre-t-elle toujours les cinéastes japonais avec un temps de retard ? Après Takeshi Kitano (Hana-Bi) ou Takashi Miike (Dead or Alive), tous deux apparus à des stades déjà bien avancés de leurs filmographies, c’est seulement aujourd’hui qu’Hiroshi Matsumoto, petit génie de la comédie nipponne, débarque chez nous via ce troisième long-métrage. La révélation de Saya Zamurai n’en est que plus percutante.

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Gags et sacerdoce
Un tel sujet aurait pu inspirer le Francis Veber de la grande époque (du Jouet aux Fugitifs, 1976/1986). Matsumoto remonte au burlesque, par les gags, mais plus encore par ce qui s’est toujours caché sous la folie violente du slapstick façon Buster Keaton : cette part de mélancolie. Elle s’acclimate très bien avec le film de samouraïs, où il faut sans faute respecter un code d’honneur. Nomi fera son possible pour accomplir son devoir, quitte à se mettre en danger. Il n’est pas interdit d’y voir une critique de l’humour des masos de Jackass ou, plus haut dans le temps, de Takeshi’s Castle, l’émission télé créée et présentée par Kitano (1986-1989), remix cruel de Jeux sans frontières où tout tient sur la chute, non pas d’une blague mais d’un concurrent (dans l’eau, la boue), si possible accompagnée d’une humiliation.
Une partie de la beauté de Saya Zamurairéside dans ce retour à l’artisanal. Comment fabrique-t-on un effet comique ? En le perfectionnant, encore et encore, avec cœur, ce qui tient parfois du sacerdoce. Une généreuse profession de foi pour Matsumoto, qui met sa sophistication au service d’un délire loufoque, dont la légèreté n’est qu’apparente. Plus les situations deviennent absurdes, plus pointe le paradoxe du clown qui doit faire rire pour vivre, quels que soient ses états d’âme. Matsumoto renoue ainsi avec Keaton, et son art de passer du cartoon au mélo – dans les deux cas aussi tranchant qu’un katana.

Saya Zamuraï d’Hiroshi Matsumoto, en salles depuis le 9 mai.