Pour Lui Andreas Dresen

Luc Besson a tort. Contrairement à sa fameuse sortie de 2007 (« Un film c’est un objet gentil »), il arrive au cinéma de ne pas vouloir être bienveillant ; c’est même généralement le lot des œuvres captivantes. Dans Pour lui d’Andreas Dresen, une famille allemande fait face au cancer. Dès la première séquence, la tumeur au cerveau de Frank ne peut pas être opérée, il va mourir, dans quelques mois. Si La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, plébiscité feel good movie de 2011, prenait également cette maladie pour point de départ, Pour lui sera diagnostiqué feel bad movie à se ronger les sangs au chevet d’un mourant, à l’image de l’épouse de Frank, ravagée par les pleurs dans cette incroyable séquence originelle. A partir de là, Pour lui sera sec dans le ton comme dans l’humeur.

Ne pas baisser les yeux
Cette collection de vignettes ne propose ni pathos, ni atermoiements – juste la lente dégradation physique et mentale d’un père, en s’autorisant des pointes acérées d’humour noir. Sur le principe de la dissection d’une cellule familiale rongée par les métastases paternelles, l’œuvre pourrait s’apparenter au Mike Leigh de Bleak Moments (1971) ou Naked (1993). On pense pourtant plus à la parfaite honnêteté intellectuelle de l’Autrichien Ulrich Seidl, faisant la biopsie de la société humaine dans ses documentaires (Models, 1999, Jesus, you know, 2003) et fictions (Dog days, 2001, Import/export, 2006). Comme lui, Dresen ne flanche pas, ne baisse pas le regard, n’a jamais peur de l’inconfort. Le film bascule pourtant de l’intolérable à l’indispensable, n’exploitant jamais la souffrance, persistant à rester neutre dans son observation d’une tranche de vie, aussi funeste soit-elle.

Impossible d’en vouloir à ceux qui quitteront Pour lui en cours de projection, refusant d’accompagner Frank dans son agonie. Dresen ne fait aucun chantage à l’émotion et zéro leçon de morale. Au contraire, son film, dur mais d’une irréprochable sobriété dans sa mise en scène, laisse le libre-arbitre au spectateur comme à ses personnages : il leur arrive de craquer, d’être égoïstes, de ne plus supporter ce que cette maladie leur fait subir. C’est dans ces instants-là que Pour lui est le plus difficile : en nous tendant un miroir où l’on ne peut que se refléter.


Pour lui d’Andreas Dresen, en salles.