©Rachel Sfez. Graphisme : Stéphane François

«Puisqu’il faut une histoire, autant qu’elle soit vraie à moitié. » On pourrait presque se contenter de cette phrase pour tenter de saisir la teneur du travail de Chloé Delaume. Une histoire, donc ? Ici, celle d’un personnage autofictionnel confronté coup sur coup au suicide d’une fille de son âge passionnée par son œuvre, à une rencontre bouleversante, à une seconde rupture conjugale. Dans cet ordre. L’occasion pour elle de se replonger dans ses souvenirs (morts attestées ou escomptées, mariages, foyers, fuites), cette terre glaise remodelable à l’infini. Sans se départir d’un style inimitable puisque taillé sur mesure (« J’ignorais si mon cœur palpitait à pleine viande ou s’il était statique en sa nacre cellulose, c’était un handicap »), de psychoses persistantes assommées au Tercian 25 mg et d’angoisse existentielle (« Ce dont j’étais certaine c’est qu’un jour mon haleine me dégoûterait moi-même, ça le fait à tous les vieux »). Impudique, bien sûr, brut – voire brutal –, mais incarné à l’extrême.


Une Femme avec personne dedans
Le Seuil
140 pages, 15 euros