Ce qu’elle fait
Habitée par les lieux, les frontières, les espaces, cette artiste israélienne re-délimite les terres et les océans à l’acrylique noir, sur les vieilles cartes de navigation de son père. Devenus obsolètes, les documents figés reprennent vie dans cette esthétique brute et épurée, où vogue l’émotion, puissante et silencieuse. À la différence d’une toile, propre et neutre, les cartes font partie de la peinture et se manifestent plus ou moins suivant leur recouvrement. Talia Yemini les a travaillées lentement, elle voulait ressentir les éléments, son pinceau se mouvait avec elles et s’y confondait. Métaphoriquement et physiquement, l’artiste cherche un « quelque part », l’art en boussole. Ces données surannées sur lesquelles un marin ivre aurait renversé son encrier ont été exposées en Israël et en France (galerie Mémoire de l’Avenir).

Talia Yemini Navigation Map no 31

Map no. 31, 2014, acrylic on maritime navigation map, 118 x 71 cm

Talia Yemini Navigation Map no 5
Ce qu’elle en dit
« Mon père était capitaine de cargo. La marine est une part de mon enfance et reste une source d’inspiration. En 2006, j’ai fait un voyage en mer avec lui. J’avais l’habitude, mais là, c’était différent : je suis montée à bord en tant qu’étudiante [à l’Hamidrasha School of Art de Tel Aviv], avec une curiosité nouvelle et l’envie d’explorer ce bateau, cette seconde maison mobile qui allait et venait. J’avais apporté ma peinture, mes pinceaux et une caméra. Mon père m’a expliqué comment lire une carte maritime et j’en ai gardé une. Elle n’était plus utilisable, on pouvait lire : « Not to be used for navigation ». C’est des années après que j’ai commencé à peindre sur ce papier passé d’absolument nécessaire à complètement inutile. Je trouve un intérêt historique et esthétique à ces vestiges d’action achevée. »

Par Mathilde Hostein

Sa prochaine exposition (collective) est prévue au Art Workshop Gallery de Yavne (Israël) début 2016.