Le mad tempo de Mathambo

Descendant d’un chef de tribu sud-africaine, gosse des ghettos de Soweto déménagé dans les quartiers aisés de Johannesburg, Spoek Mathambo, MC/DJ/illustrateur « post-Apartheid et post-hip hop » désormais posé à Malmö (Suède), mixe township électro, post-punk fleuri et pop fluo.

Spoek-Mathambo interview-by-Sean-Metelerkamp

Tu t’es fait connaître en 2011 avec une reprise possédée du classique de Joy Division, She’s Lost Control.
Spoek Mathambo : Je m’intéressais beaucoup à la house sud-africaine, cette musique de club tendue et hargneuse jouée par les DJs Mujava ou Stungero. Mais j’écoutais aussi du post-punk, de l’art-rock, Sonic Youth, Suicide : une autre forme de haine. Mixer les deux m’a paru évident.
Tout comme mélanger univers vaudou et hip hop, dans le clip ?
Vaudou, ça veut dire tout et n’importe quoi. C’est surtout une imagerie créée par mon compatriote de réalisateur, le photographe Pieter Hugo : il adore faire fantasmer les gens avec l’Afrique ! Sa série Nollywood [2008], sur l’industrie du cinéma nigérian, est en grande partie trafiquée : il s’est maqué avec un maquilleur professionnel de Lagos et a fait croire que c’était du docu. Idem pour ses gangs promenant des hyènes, d’ailleurs [The Hyena & Other Men, 2005].

Et l’hymne anti-apartheid Mshini Wam, titre du premier album en 2010, de l’esbroufe aussi ?
C’était une blague ! On peut le traduire par « apporte-moi ma mitraillette », un cri de guerre zoulou, mais aussi comme « apporte le matos », ce qui pour un DJ a un drôle d’écho. Un double sens qui colle à ma musique, entre résonances sociales et thèmes plus légers.
Finalement, comparé aux dingues de Die Antwoord, tu es plutôt sage.
[Il rit.] Je n’ai jamais eu la culture drug & violence. C’est à cause… du bouddhisme. Mon père a fait un séjour dans un monastère en Australie et nous a inculqué cette sagesse-tolérance, qui m’a beaucoup servi. Mais pour le hip hop, j’ai tout appris auprès de Watkin, le MC de Die Antwoord. On a fondé un groupe après le lycée où j’étais son putain d’apprenti !

Father Creeper
Sub Pop
Live! Monsieur Spoek enfile son pyjama bariolé le 23 mai à Strasbourg et le 27 à Saint-Brieuc.

Un autre disque envoûté
Zulu potion
On se souvient de Shangaan Electro (2010), compilation ovni de house des campagnes d’Afrique du Sud prétexte à des danses extatiques de clowns maboules fringués comme à Guantánamo. Des marimbas convulsifs, orgues vintage et boîtes à rythmes boiteuses, lancés à 180 BPM sur des chants titubants à base de plans drague foireux ou de recettes de lapin au chili. En réponse à ce don du ciel, la crème des nuits occidentales (Ricardo Villalobos, Max Loderbauer, Peverelist…) réinterprète aujourd’hui les prod’ du chef de file Nozinja et de ses poulains aux hormones Tshetsha Boys ou BBC. Un exercice périlleux, duquel les contributions ésotériques de Theo Parrish, Demdike Stare ou Hype Williams se sortent avec tous les honneurs vaudous.
Julien Taffoureau

Shangaan Shake album cover

Shangaan Shake
Honest Jon’s