Quand il débarque à l’université, comme il le raconte dans ce premier roman bâti comme une réjouissante satire de teenage movie, le futur pape du design imprimé Chip Kidd est un ado mal dégrossi, dont les sentiments peu originaux sont sauvés par de belles formules : « Si Job en personne avait épousé ma mère, il serait veuf à présent, et purgerait une peine à perpétuité. » Il se passionne sans espoir pour de suffisantes pisseuses (« Les gens comme elle sont toujours maqués, et les gens comme moi ont toujours un livre à la main »), et ses conversations de promo taquinent la scatologie, quoiqu’avec esprit (« Je crois […] qu’elle ne serait même pas capable d’apprendre à une merde à puer » ; « Il prenait sa merde pour du dentifrice »).

Heureusement pour lui, sa trajectoire croise celle de Winter Sorbeck, professeur « d’art commercial » (de graphisme donc), une sorte de Dr. House prompt à affubler ses disciples de surnoms ridicules et leurs œuvres balbutiantes de saillies tour à tour géniales (« Le destin a donné des citrons à Miss Toute Belle, et elle en a fait de la limonade. Tant mieux pour elle […] Dommage qu’elle ait choisi de la boire et qu’à l’arrivée ce soit devenu de la pisse ») ou infectes (« — Je l’ai écrit hier soir. — Avec quoi, la main qui ne tenait pas la seringue ? ») Coup de chance, car à son contact, au prix de bleus et bosses, il découvrira ce qu’est le design. Instructif à s’en faire péter les zygomatiques.

Par F. P.



Cheese Monkeys
Inculte
237 pages, 18 euros