Tandis que les ascenseurs de Dubois se bloquent ou lâchent la rampe, les escalators d’Arnaud Dudek n’en font qu’à leur tête. Dans les deux cas, les humains semblent mal préparés au dysfonctionnement : « Soudain, l’escalier roulant change de sens. Surpris par cette marche arrière intempestive, les uns et les autres sont frappés de panique. » Tous les personnages de ce Rester sage, principaux comme secondaires, acteurs ou tapisserie – décrits par leur biographie lapidaire plutôt que par leurs caractéristiques physiques –, semblent d’ailleurs soumis à des courants mécaniques sur lesquels ils ont peu de prise. A l’instar de ces deux amis perdus de vue, Martin, fils d’une « mère-enfant qui compte tout juste seize ans de plus que lui, mais dont le comportement défie l’état-civil », et le narrateur s’exprimant à la deuxième personne, tous deux malheureux en amour comme en emploi, qui ne semblent prendre leurs décisions que sur des coups de tête. Il se recroisent puis se quittent, un homme perd la vie dans l’intervalle, et le constat s’impose : ils sont bien mal entourés en termes de femmes. Dudek, lui, signe un riche premier roman, après des années passées à squatter avec un talent simple les colonnes de la revue Décapage. Pendant ce temps, une « horloge retarde de vingt ans et cinq minutes ».

Rester sage
Alma Editeur
220 pages, 13,80 euros