En un an, rupture avec BB, coup de foudre pour Jane et le tournage de l’hallucinogène Paris n’existe pas. 69 année vraiment physique pour Serge Gainsbourg.

Paris n’existe pas (1969)

À défaut d’un succès en salles, le premier film de l’écrivain-cinéaste Robert Benayoun aura offert à Gainsbourg l’unique rôle qu’il n’ait pas dénigré dans sa filmographie. Trop bizarre pour certains, marqué par les lenteurs intello pour d’autres, Paris n’existe pas ne trouve pas son public mais est tout de même sélectionné par la Semaine de la critique de Cannes et au festival San Francisco et Locarno.

Hérités d’André Breton, les délires cinématographiques fortement dosés en psychotropes hippies de Robert Benyanoun (auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma et le surréalisme) suivent la défonce à rallonge de Simon. À cause de ses crises de tristesse à répétition, ce jeune artiste peintre met en péril son inspiration et son couple avec Angéla. Après l’ingestion d’une stupéfiante substance (LSD, ecstasy, wasabi ?), il se réveille avec de curieux pouvoirs psychiques : la possibilité de voyager dans le passé par la pensée. Des flashes le propulsent dans la rue pendant l’Occupation puis chez lui, en compagnie de la précédente locataire de son appartement. Coincé dans ce bad trip interminable, il s’épanche sur l’épaule consolatrice de son ami Laurent (Serge Gainsbourg) drôle de critique d’art, collectionneur, fils à papa.

Paris n’existe pas – Serge Gainsbourg, Richard Leduc

Aussi inexistant que le Paris de Benayoun, le public a bêtement manqué la performance tout en trac et tétanie du futur Gainsbarre. Il y incarne le personnage mineur d’un dandy fragile, qu’il joue aussi à la ville. Selon Richard Leduc (rôle principal, avec Danièle Gaubert, dont on n’a plus entendu parlé), il ne parvenait pas à masquer sa panique maladive, d’où cette attitude hiératique et quelque peu traînante devant la caméra. Qu’importent ses courtes et chancelantes apparitions dans le film, c’est dans son domaine que le chanteur excelle : la BO, avec Jean-Claude Vannier, ne donne pas naissance à un tube égal au Sea, Sex and Sun des Bronzés (1978), mais marque le début d’une collaboration mythique entre les deux musiciens (Slogan en 1969, Cannabis et La Horse en1970). Ils réaliseront ensemble l’album-concept Histoire de Melody Nelson (1971), mais aussi le disque de Jane Birkin Di Doo Dah (1973), suite à la rencontre des deux icônes sur le tournage de Slogan. Comme quoi, les plus belles rencontres ont toujours lieu au cinéma.

Par Elsa Puangsudrac

Réédition en DVD par XIII Bis Music
Projection spéciale le 20 novembre au Forum des images