Une branchée désœuvrée, un agent sombre et un mort réincarné en chat, Everyone´s Going to Die, premier film des Anglais Jones, porte un titre triste mais est plutôt drôle. De l’humour gris qui sort mercredi.

Everyone's going to die Jones Rob Knighton Nora Tschirner

« Le clip est une bonne école pour ça. » Max, à l’écriture et Michael, au montage, ont réalisé Everyone´s Going to Die avec 60 000 euros, autant dire que dalle pour un long métrage. Ces trentenaires à lunettes anglais, réunis sous le nom de Jones, viennent de la pub (des spots pour de la bière, Playstation ou Xbox) et ont fait leurs premières armes avec des vidéos pour des musiciens qu’on ne connaît pas en France, comme Charlie Simpson qui signe la BO du film. « On aurait adoré tourner les clips de The National ou Arcade Fire, mais plus maintenant, pour plusieurs raisons, la première étant que c’est Spike Jonze qui le fait ! »

Leur premier long raconte l’histoire d’une fille de 20-25 ans dont la vie n’arrête pas de commencer et d’un mec aux cheveux longs mais déjà un peu grisonnants, dont la vie n’en finit pas de s’écrouler. Elle est branchée, il a une stature inquiétante. Il a job étrange, elle est plutôt oisive. Ils ne savent pas trop quoi faire d’eux-mêmes, et on a envie de chercher avec eux, pour ne pas les laisser comme ça, seuls two, dans une Angleterre semi-rurale où il ne se passe rien de fou.

Everyone's going to die Jones Nora Tschirner

Économe d’effets
Le film a été tourné en vingt jours avec des acteurs débutants : Nora Tschirner, une présentatrice du MTV allemand et  Rob Knighton, un poseur de moquette, mannequin depuis qu’il a été repéré, à 50 ans, dans un parc pour des pubs de marques de luxe comme Hermès, Armani, Prada.
« Pour elle, au départ, on voulait une Française. Nous pensions à Mélanie Laurent, qui n’était pas connue chez nous, nous l’avions repérée grâce à son tout petit rôle dans De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard (2005). Mais juste à ce moment-là, elle est devenue célèbre avec Quentin Tarantino (Inglourious Basterds, 2009). En même temps, une Frenchy égarée en Angleterre, c’était assez convenu… Et puis on a été séduits en deux secondes de Skype par Nora, qui joue dans un groupe de rock allemand (Prag). »
« Lui est arrivé sur le shoot avec un gros van rempli d’outils mélangés à ses affaires genre sac Vuitton. Parfois, il regardait le sol et disait “les gars, ça c’est pas du bon travail, là”. La caméra l’adore. Il est naturel, authentique. Et il est instinctivement économe d’effets. À force de ne rien faire pour qu’on le remarque, on ne voit que lui. Cela collait très bien avec le personnage de Ray qui est taciturne, en retenue. » Ray est le principal élément comique du film. Tellement sérieux, muet, presque grave, devant être traité de manière « cinéma », il écope d’un style nude et cool très éloigné de son quotidien. « C’est aussi un type qui est marié à la mauvaise personne, dont la vie, en cette période, quoi qu’il fasse, coince. Comme la télé de sa chambre d’hôtel qui se bloque sur une chaîne porno gay. » D’autant plus drôle qu’il n’est pas quelqu’un de drôle. « Je pense que si vous lui dites qui est marrant, il vous tue. » Humour gris foncé.

Everyone's going to die Jones Rob Knighton

Ray est le principal élément comique du film : si vous lui dites qui est drôle, il vous tue.

Deux personnages, une action
On retrouve à la fois un trashy comic (mélange de tragi-comédie et de trash) propre au cinéma indépendant américain et une élégance romantique propre au cinéma français. Les réals citent Beginners de Mike Mills (2011) pour la relation de couple quelque peu dramatique et très légèrement drôle : «  Ewan McGregor a toujours un sourire sur le visage. De l’art romantique moderne. Un bon exemple de ce qu’on aimerait atteindre. Il y a aussi ce tout petit film intitulé In Search Of Midnight Kiss [Alex Holdridge, 2007] qui a dû coûter 30 000 dollars. Un bon exemple de ce qu’on peut faire de bien avec peu. »

Les Jones disent avoir voulu s’éloigner des premiers films ancrés dans une réalité sociale dure, comme c’est souvent le cas en dans leur pays. On les a rencontrés dans un bistrot et ils nous ont raconté comment ils se sont débrouillés avec cette petite somme prêtée par des proches, qu’ils étaient contents du résultat, que c’était une excellente expérience, mais qu’ils ne referaient plus jamais ça. « On a appris à avoir des idées et surtout à trouver des solutions pour les réaliser sans argent et sans que ce soit de la merde pour autant. On s’est mis à écrire en se posant des contraintes très simples : deux personnages, une action sur un ou deux jours, pour éviter les problèmes de continuité et des décors naturels dans une seule ville. On n’a payé pour aucun des lieux à part une chambre d’hôtel qu’on a louée une nuit. Partout ailleurs, on s’est arrangé avec des maisons prêtées, en promettant de ne rien casser. »

Le prochain scénario est déjà écrit, ils attendent la réponse d’un acteur célèbre et auront un bon budget. « C’est l’histoire d’un type qui revient en Angleterre où il est né, après être devenu un célèbre magicien aux États-Unis. Évidemment, après dix ans, rien ne se passe comme il l’avait prévu. Il a perdu un œil, et quand il retrouve ses vieux copains, on dirait bien qu’ils ne sont ravis qu’à moitié. »
Comment les deux garçons de Jones travaillent-ils ensemble ? « C’est assez simple car on a les mêmes goûts. Prends ces deux verres, tu nous demandes lequel on préfère, on choisira le même. » Mais encore ? « Nous n’étions pas amis avant de commencer, donc il n’y avait aucune pression pour que ça marche. Aucune peur de briser quelque lien que ce soit. Si cela n’avait pas fonctionné, nous n’aurions eu aucune raison de continuer. Cela simplifie les rapports. »
Ils nous donnent le disque qu’ils ont offert à l’équipe du film avant le tournage : Everyone’s going to listen. La plupart des morceaux sont sur la BO mais étrangement, « Terrible Love de The National, dont l’humeur est très proche de celle du film et qui nous a le plus inspiré durant l’écriture, n’est pas dedans. Il faut dire que les droits étaient chers… » De notre côté, on ne fait pas économie de compliments.