Sri lankaise exilée à London depuis deux décennies, Maya Arulpragasam, alias M. I. A., 31 ans, personnifie la musique idéale de notre époque : effrontée, métissée, politisée, globalisée. Pour Kala, deuxième et dernier disque annoncé, elle est au bout du fil – dix-huit minutes.

M.I.A.

Ce second album doit son nom à celui de votre mère, Kala. Parlez-moi d’elle.
Je voulais que l’idée de féminité compte un peu plus. Ce n’est pas souvent le cas dans toute la merde booty shaking. La référence au prénom de ma mère m’est venue ensuite. Célibataire, elle a élevé ses trois enfants toute seule. Avant de commencer l’album, je regardais toutes ces dames rentrer chez elles après le travail, vers sept ou huit heures, qui doivent encore trimer à la maison, s’occuper du réveil des mômes le lendemain sans, à leurs côtés, d’homme aimant. Horrible. Je voulais évoquer ce que les femmes devraient rechercher, dans le futur.

Quels sont les meilleurs souvenirs que vous gardez de votre récent retour en Inde ?
Les gamins qui dansent dans la vidéo de Bird Flu. C’est une chanson pour les garçons, très cool, très innocente. J’ai multiplié les allers-retours pendant trois mois. Le premier jour, nous arrivions du Japon et la police est venue armée frapper à notre porte pour nous demander du fric. Dans notre propre hôtel. Pour eux, c’est normal la corruption. La dernière fois, je suis resté trois semaines à la recherche de musiciens et du Timbaland de Bollywood, que j’ai trouvé et qui m’a fait rencontrer des batteurs mondialement connus – du moins, les batteurs les plus célèbres du pays. Ça m’a définitivement reconnectée aux sensations que j’avais, petite, au Sri Lanka. Tous mes amis refusaient de me laisser partir et je crois que j’en avais besoin, à ce moment-là.

Sur Paper Planes, vous parlez d’une « démocratie du tiers-monde ». Quelle est l’idée ?
Hum, bon, si je me perds dans la musique, je ne veux pas perdre l’endroit d’où je viens. L’union du Tiers-monde existe déjà, mais sa seule connexion musicale avec l’Ouest provient d’organisations bien établies. Quand Björk enregistre en Afrique ou Damon Albarn au Mali, ils font comme Bob Marley et ne jouent qu’avec de gros orchestres tout à fait reconnus de la classe moyenne locale, dans des festivals similaires. Il s’agit d’ouvrir les ponts, de se connecter à la musique des rues, vous voyez ? Penser de manière mondiale en connectant les jeunes avec les jeunes.

Et la présence d’un « MC silencieux », je n’ai pas saisi le concept.
Pas silencieux : muet. Si vous ne pouvez pas parler, vous exprimez néanmoins des sons, des vibrations. Cet Angolais pouvait ressentir le rythme et improviser. Ce que je voulais.

Est-ce réellement votre dernier album ?
Nous ne parlons pas d’un troisième disque, en tout cas. Je ne vois aucun avantage à devenir une popstar. Pour la suite, cinéma, mode ou autre chose, il faut que je me décide.

Reine de Saba

Ainsi te revoilà, prêtresse minuscule et pourtant colossale de l’Internationale du groove. Deux ans après l’hommage à un père révolutionnaire absent (le très remarqué Arular), ce second effort. Vraisemblablement le dernier, à moins qu’il ne s’agisse d’un attrape-nigaud. Sur le Net, un clip tribal et coloré sur la grippe aviaire. Sur disque, douze titres, douze cartouches comme ce que l’on aimait des Neptunes – production massive, unanimement dansante, science du minimalisme et couches superposées, basses bastonnées, désinvolture et arrogance, collaborateurs triés sur le volet – néanmoins nourris de voyages, de l’odeur du monde. Pour Kala, plusieurs étapes. Inde, Libéria, Beverly Hills. Pour de l’électro vaudou sur un sample de Jonathan Richman. Du disco à cordes et Boney M à Bollywood. Une reprise droguée du Where is My Mind des Pixies. Un duo tuant avec le Dizzee Rascal africain. Un hit entendu avec Mr. Timbaland. Enfin : Paper Planes, appel anarchiste au soulèvement des mères au foyer et à la constitution d’une démocratie tiers-mondiste, appuyé par le Straight To Hell du Clash. M. I. A. tu peux tout prendre, tout est à toi.

M.I.A.
Kala (Beggars).