Ode au partage, Les Rencontres d’après minuit ravive les flammes d’un cinéma incandescent.

LES-RENCONTRES_apres minuit yann gonzalez Nicolas Maury, Niels Schneider, Eric CANTONa, Alain-Fabien Delon, Béatrice Dalle

Branle-bas de combat dans le cinéma français. Au moment où de médiatiques polémiques le secouent (depuis décembre 2012, les tribunes de Vincent Maraval sur les gros salaires des acteurs par rapport à ce qu’ils rapportent vraiment au système et les financements ubuesques, en septembre les feux croisés et nourris entre Léa Seydoux et Abdellatif Kechiche autour de la difficulté du tournage de la Palme d’or La Vie d’Adèle, et on attend l’annuel chœur de pleureuses autour d’un box-office en baisse… ), une nouvelle génération de réalisateurs a, coup sur coup, frappé du poing sur la table de montage pour réclamer un retour à un cinéma non formaté, ouverts à tous les courants d’art, si possible frais.

Ainsi, débarquent sur les écrans depuis cet été, des œuvres vagabondes, s’essayant aux chemins de traverse. La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko, La Bataille de Solférino de Justine Triet, Artémis, cœur d’artichaut d’Hubert Viel… autant de films foutraques, tombant comme un chien les quilles de notre cinéma d’auteur, mais avec le grand mérite de défricher de nouvelles pistes, d’être aventureux. En cette fin d’année, ces réalisateurs méritants sont distancés par Yann Gonzalez.

Beaux arts
Dans ce premier long métrage, une femme, son amant et leur domestique attendent des invités pour une partouze. Ils viendront, mais elle n’aura pas lieu, les convives ayant plus besoin de confesser leurs peines d’amour. Il y a pourtant bien une orgie, mais de cinéma. En étant perfusé d’influences assumées et culbutées, Les Rencontres d’après minuit mue progressivement en cousin déviant du Holy Motors de Léos Carax (2012). De même que ses personnages apprennent à se parler, Yann Gonzalez fait converser les mondes d’Éric Rohmer et Jean Rollin, Cocteau et Alain Robbe-Grillet, Ilsa, la tigresse du goulag (Jean Lafleur, 1977) et Werner Schroeter (figure opéra de la nouvelle vague allemande avec La Mort de Maria Malibran. Surréaliste ? Oui, mais au sens primitif du terme. Le film invoque, comme le mouvement d’André Breton, toutes formes d’expressions artistique pour en faire un flot émotionnel, et avant tout une ode au partage. Entre les gens comme entre les genres.

À la fois série Z sentimentale et pièce de boulevard lyrique, Les Rencontres d’après minuit n’a peur de rien, et surtout pas de passer du trivial au tragique en quelques secondes (le speech d’un étalon, Eric Cantona- expliquant comment sa bite lui a fait abandonner l’écriture ; une star déchue, Fabienne Babe, face à ce qu’elle a été. Certains se demanderont si c’est de l’art ou du cochon, d’autres se rappelleront que ce cinéma-là, incandescent et décomplexé existait dans les années 20 puis 70 et se mettront à le regretter, en plus de la désagrégation de la communauté humaine.

Les Rencontres d’après minuit
Yann Gonzalez
Le 13 novembre