Le monde s’efface au hangar à Bananes


Marc Bauer Cinema, 2009 Crayon gris et noir sur papier ©Vincent van der Marck – Collection Hauser&Wirth, Suisse

Le réel est inadmissible d’ailleurs il n’existe pas. Ce titre péremptoire invite le public à l’introspection et aux doutes lorsqu’il pénètre dans cette exposition au Hangar à bananes de Nantes. Quand on se laisse gagner par le langage d’un artiste, sa vision n’agit-elle pas comme un filtre sur ce qui nous entoure ? L’image des célébrités ne se confond-elle pas avec les portraits qu’en a faits Warhol ? De la même manière, la matérialité de la pellicule super-8 n’a-t-elle pas colorisé le souvenir des années 70, le filtre polaroïd de l’iPhone ne sera-t-il pas la matière des souvenirs des années 2010 ?

Axée autour du film de Jim Jarmusch The Limits of Control (2009), projeté dans une petite salle, la sélection des œuvres s’est opérée sur le lien entretenu avec la réalité. Si le prétexte semble un peu gratuit, les pièces réunies sont intenses tant pour leur qualité plastique que pour leur sujet. La peinture du Français Philippe Cognée, qui floute ses toiles à l’aide d’un fer à repasser, est âpre et tendue, comme s’il redessinait les contours de ses formes à coups de poings. Les surfaces, à première vue abstraites, d’Eberhard Havekost, semblent des résidus d’image sur notre paupière, une fois close. Le Britannique  utilise l’appareil photo pour peindre les paysages au clair de lune. Ses images, réalisées les nuits où l’astre est plein, ont une lumière due à un long temps de pose, qui n’a aucun lien avec la colorimétrie du regard humain. L’étrangeté des clichés tient à ce que l’on croit reconnaître. Mais Le réel est inadmissible n’est pas un simple exposé sur la figuration.

Quels garants avons-nous face à ce qui semble vrai ? Certaines images connues ne sont parfois qu’extrapolation. En choisissant de reproduire des vues du logiciel Google Earth, Philippe Cognée prend pour point de départ une de nos « images du monde » qui n’a d’existence que virtuelle. Son choix, porté sur un ensemble de bâtiments qui, vu du dessus forme les lettres HIU, manifeste une quête de signes ou d’absurdité de signes, comme si l’agencement de ce qui nous entoure comprenait un texte sous-jacent.

A l’entrée du hangar, un immense dessin du Suisse Marc Bauer montre une salle de cinéma : l’écran est blanc, le film est dans la salle où les fauteuils fondent. Le réel brûle !

Le réel est inadmissible d’ailleurs il n’existe pas
Hangar à bananes – Hab Galerie, île de Nantes
Jusqu’au 5 février