Généreux documentaire sur Bob Marley par le réalisateur du Dernier roi d’Ecosse.

Est-ce que le nom de Kevin MacDonald vous dit quelque chose ? Il s’agit d’un réalisateur écossais lauréat d’un Oscar en 2000 pour Un jour de septembre, docu sur la prise d’otages d’athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972, mais aussi et surtout le réalisateur Du Dernier Roi d’Ecosse, fiction sur la folie du règne d’Amin Dada en Ouganda, qui avait valu en 2006 un Oscar à Forest Whitaker. On est donc en droit d’être excité en arrivant devant son nouveau documentaire, Marley, qui sort en salles mercredi, consacré à un autre Roi, le Roi de Cœur de la Jamaïque, le prophète international du reggae, Robert Nesta Marley, dit Bob.

Un documentaire de 2h24, très généreux, sans angle particulier, suivant chronologiquement le récit de vie de ce métis né en 1945, fils d’un capitaine de la Royal Navy, un Anglais blanc sexagénaire qu’il n’a pas connu, et d’une Jamaïcaine de 16 ans. Le docu est produit par Chris Blackwell, le patron d’Island Records qui fit connaître la musique de Marley au monde entier, et aussi par Ziggy Marley, l’un de ses onze enfants, et aussi par Bunny Livingstone, chanteur-percussionniste et dernier membre vivant des Wailers originels, connu pour son intransigeance. Le film est vendu comme « le premier documentaire approuvé par la famille Marley ! ». On pourrait craindre, alors, une hagiographie officielle, un déroulé sans ombre de ce disciple de Jah Rastafari, mais non, enfin, pas trop. Les interviews sont là, les contradictions aussi.

Qu’est-ce qu’on y voit ?

On voit le petit bidonville sur une colline de l’île où Marley a grandi, victime du racisme des autres gamins parce qu’il n’était pas noir, on comprend son génie pour la musique, les mélodies, l’aspect politique de ses textes parlant de la rue et du sentiment de rejet dont il a si longtemps été victime, on voit sa passion pour Hailé Selassié, l’empereur d’Ethiopie, et la folie de son arrivée à Kingston (tous les habitants sont persuadés qu’il s’agit de la réincarnation de Dieu, ce qui pourrait être un sujet de documentaire en soi), on voit Rita Marley parler tendrement de leur rencontre et de sa timidité, on voit l’une de ses filles râler sur son indifférence, ses absences, ses infidélités répétés, on voit une autre de ses femmes expliquer ce que ça signifie de vivre avec un rasta (pas de maquillage, toujours en robe, jamais de pantalon), on voit Pascaline Bongo, la fille du dictateur Omar Bongo avec laquelle Marley eut une aventure, on voit l’engouement de l’île puis de l’Angleterre puis de l’Amérique du Nord pour, plus tardivement, de l’Afrique pour sa musique (hors Jamaïque, on le voit dans les archives, le public de ses concert était majoritairement blanc), on voit aussi la reconstitution de sa tentative d’assassinat, on voit le fameux « One Love concert » où il fit monter sur scène en 1978 les leaders des deux familles qui s’entredéchiraient en Jamaïque, on ré-entend l’absurdité de la mort (une entaille à l’orteil, lors d’un match de football, blessure qui dégénéra en cancer généralisé parce qu’elle qui ne fut jamais correctement traité, c’est-à-dire amputé, sous prétexte qu’il s’agissait d’une « maladie de blanc »), on le voit dans une clinique enneigée dans les montagnes allemandes (on voit même son infirmière de l’époque qui raconte comment il était charmant), on voit ses funérailles nationales, et on se rappelle, moi je l’avais oublié, qu’il est mort seulement à 36 ans, le 11 mai 1981.

Pour essayer d’évaluer le nombre de personnes potentiellement intéressées par ce film, on peut se dire que Legend, la compilation best of qu’à peu près tout le monde a eu à un moment sur sa table de chevet, est restée 992 semaines au hit-parade américain. Donc je ne peux que vous recommander sa vision.

Marley, de Kevin Macdonald, en salles depuis le 13 juin.