La télé qu’on aurait pas osé

Ah ! On vient de recevoir le nouvel épisode de Une semaine à vie d’Adeline Grais-Cernea, à lire sur Friday Stories. Ça démarrait ainsi, le 20 avril dernier :

Quand je suis très fatiguée, dans mon lit et alors que la journée s’est avérée difficile et que la seule personne qui m’ait contactée a été le service client de Bouygues Telecom, il m’arrive, je le confesse, de prendre mon ordinateur dans mes bras et de le serrer très fort, comme si c’était le meilleur chat que j’ai jamais eu.

Adeline Grais Cernea jambes

Adeline écrit des articles dans la presse (Standard), gère des rédacteurs (WAD), dessine, s’adonne à des nouvelles, des morceaux de textes conceptuels… Sa productivité l’a amenée à nous offrir ce roman work in progress sur blog, dont les chapitres sont les épisodes d’une émission de télé réalité que l’éthique humaine n’a pas encore permis de mettre en place : « une chaîne de télévision et une agence de production se sont unies pour créer le pire : une télé-réalité dont le candidat mystère est un tueur en série« . Une histoire qui rappelle Le Prix du danger d’Yves Boisset (1983) avec Gérard Lanvin en candidat et Michel Piccoli en présentateur ou Battle Royale de Kinji Fukasaku, en 2000. N’attendez pas la version corrigée par les éditeurs pour vous y intéresser… L’été est propices aux découvertes et aux polars, autant faire un galet deux coups.

Extrait de l’épisode 3 :

« Je vous rappelle le principe de l’émission : 12 candidats, un tueur en série, le but du jeu : RESTER EN VIE. Et c’est maintenant un garçon qui va venir me rejoindre. Un grand gaillard qui pourrait tout à fait être notre tueur en série. L’est-il ? Est-il un protecteur ? Va-t-il se battre jusqu’à la mort pour protéger les filles et pour tenter de gagner le pactole ? Je pense savoir ce qu’il nous répondra à ce sujet. Il me rejoint dès maintenant sur le plateau, mesdames et messieurs je vous demande d’accueillir bien fort : Ivan ! Et le voici ! (Et tandis que le jeune homme descend un escalier interminable on entend la foule frapper sans ses mains, le jingle de l’émission à fond les ballons et le présentateur qui attend son manger en souriant nerveusement). Bonjour Ivan, ravi de vous accueillir sur ce plateau, est-ce que vous voulez bien vous présenter à nos téléspectateurs qui sont impatients de faire votre connaissance !
_ Bonjour à tous. Je m’appelle Ivan, j’ai 26 ans, je viens d’Ukraine, d’une petite ville qui s’appelle Vorojba dans le Nord. Je suis artisan boulanger. J’ai une femme et deux enfants, que j’embrasse bien fort. Et voilà. Je ne sais pas trop quoi dire d’autre…
_ Vous avez des passions, des hobbies dans la vie ?
_ Euh oui, je fabrique des bijoux pour ma femme. Mon grand-père m’a appris très tôt à tailler le bois, puis la pierre, une tradition familiale. Et je commence d’ailleurs l’instruction de mon propre fils.
_ J’imagine que vous allez nous dire que vous n’êtes pas notre tueur en série, alors dites-nous plutôt ce qui vous a poussé à participer à cette nouvelle, incroyable et inédite télé-réalité ?
_ Et bien. C’est l’argent. J’aime ma famille et je veux lui offrir des choses. Quand on m’a approché pour cette émission, j’ai tout d’abord pensé que c’était pour les fous ou que c’était une blague. Et puis, je me suis vu devant la télé, avec les gosses, entrain de regarder plusieurs bons gars se faire un criminel et le mettre à sac en toute légalité. J’ai vu tout cet argent qu’ils allaient gagner très facilement. Et je me suis dit que j’allais regretter que ce ne soit pas moi, là, à leur place.
_ Vous n’avez pas peur Ivan ?
_ Peur de quoi ? D’un malade qui s’en prend à des femmes ?

Suite…

Adeline Grais Cernea