La loge : the planches to be

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© tom spianti

La rumeur rode. Le bouche à oreille salive. « Tu vas où ? A La Loge. Tu es où ? A La Loge. » Infiltration franc-maçonnique ? « Mais noooooon. » Les Parisiens, toujours en quête d’adresses fraîches, ont dégotté un nouveau squat au rez-de-chaussée d’une petite cour pavée, encerclée par des étages de coursives, dans l’animée rue de Charonne (11e). Passez le porche, c’est au fond, à droite.

A La Loge, on y joue, on y chante, on y boit, tout à la fois. Une ambiance cool and friendly que l’on doit à un club des cinq, la trentaine à peine (en tête, les co-directeurs et co-programmateurs Alice Vivier et Lucas Bonnifait), dont l’âge détonne avec les quadras et quinquas qui dirigent généralement les institutions culturelles françaises. Tout a commencé en 2005. Alice est étudiante en art du spectacle à Paris 3, Lucas est élève au conservatoire du 16e. Ils se rencontrent dans un cours de théâtre et tombent amoureux. Alice trouve un job dans un minuscule théâtre de vingt-cinq places du 9e. Un jour, on lui propose de racheter le fonds de commerce. Elle fait un emprunt à la banque et devient directrice de la première Loge, à 22 ans. Trois ans après, un peu à l’étroit, Alice et Lucas trouvent un studio d’enregistrement à vendre. Ils préservent le plateau noir amovible sans scène surélevée, ajoutent des gradins (capacité cent personnes), aménagent un hall/bar/billetterie et inaugurent La (nouvelle) Loge en septembre 2009.

Siestes acoustiques
En ligne de mire : la jeune création. « On a envie de défendre des gens de notre génération, des artistes émergents », explique Alice. « Créer un lieu de vie », ajoute Lucas. Sans subvention, la salle est totalement dépendante des recettes. Si sa visibilité est grandissante, côté caisse, ça reste précaire. Alors les dirlos décrochent le téléphone, font l’entrée ou servent la bière à trois euros. Leur programmation (50 % théâtre, 50 % musique) naît de rencontres, de recommandations ou de dossiers reçus. « Quelqu’un nous semble chouette, son boulot, sa démarche, c’est un pari », dit Lucas. En venant ici, le public devient aussi actionnaire du risque. Et pour certaines propositions, c’est le carton. Les Siestes acoustiques par exemple, le dimanche après-midi, initiées par le chanteur Bastien Lallemant du collectif Le Dahu (Albin de la Simone, JP Nataf, Bertrand Belin…). « On ne sait jamais qui sera là, l’autre fois, Vanessa Paradis est venue en guest, s’enthousiasme Alice, les spectateurs apportent coussins, plaids et s’allongent. Les musiciens, au centre, enchaînent les morceaux, pas d’applaudissement, peu de lumière, parfois même les gens s’endorment ! » Il paraît que Jeanne Cherhal viendra bientôt. A surveiller aussi, les soirées « Il était une fois » de la compagnie MaëlströM, les spectacles-concerts de Caldo et Farce, et le festival Summer of loge en juillet pour le bouquet final.

Les Dactylos
Pièce de 1960, Les Dactylos de Murray Schisgal nous plonge dans le huis clos d’un secrétariat, entre routine laborieuse, hiérarchie pesante et aspirations existentielles.
La pièce démarre par l’arrivée d’un nouvel embauché – Mr Cunningham – au secrétariat dirigé par Mrs Payton. Tâches répétitives, organisation du travail minutée, les scènes se suivent comme les jours, effroyablement semblables dans le labeur. L’émotion arrive alors que les deux personnages se livrent et se découvrent. Quelle est la part de vérité et de rêve dans ce qu’ils se disent ? Aspirant à une vie personnelle et professionnelle meilleure, rattrapés par leurs fêlures, ils nous parlent en fait de l’éternelle quête de l’épanouissement.
La mise en scène sobre de Julia Allouache se concentre sur le jeu des acteurs. Les décors de cube font penser aussi bien aux cases de rangement qu’à la standardisation des tâches des employés de bureau.
Patricia Morejon – Mrs Payton – passe avec aisance de l’autoritarisme de la chef de bureau à l’énergie sombre de la femme seule, partagée entre l’envie de s’extraire de son quotidien et l’impossibilité de se libérer du poids de sa famille. Pierre Prod’homme – Mr Cunningham – incarne avec justesse le père de famille ambitieux, tiraillé entre les convenances et sa jolie collègue. Un duo réussi pour une pièce à découvrir.

Par Stéphanie Nègre

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Dernières représentations ce soir et demain 25 et 26 avril
La Loge (77 rue de Charonne 75011 Paris).