Jusqu’au 1er juin, La Force de l’art 02 donne un puissant coup de projecteur sur la scène artistique française. L’occasion de voir les drôles de stratégies d’indiscipline de Julien Prévieux.

1974, Grenoble, Julien Prévieux naît en pleine crise du pétrole. 2009, Paris, alors qu’une autre crise économique bat son plein, sous la verrière du Grand Palais Julien Prévieux présente son travail, avec une quarantaine d’autres artistes contemporains. Qu’est ce qu’un artiste contemporain en période de crise économique ? un dandy isolé dans sa tour d’ivoire, retiré du monde ? un simple témoin, chroniqueur de son époque ? un démiurge tout-puissant capable d’inverser les tendances ?

Constatons que la pratique artistique de Julien Prévieux consiste à prendre pleinement part à notre société avec humour. Il se confronte aux systèmes économiques, politiques et sociaux avec des outils dont la dérision caustique ramène le réel dans le champ de la représentation artistique. Ce réel n’en paraît alors que plus improbable, violent, inhumain, absurde…

Dès ses années de formation, à Grenoble dans les années 90, tandis qu’il étudie en parallèle les beaux-arts et la science, Prévieux se lance dans ses premiers travaux. Ceux-ci consistent à « s’amuser » à réaliser des actions dans l’espace urbain. Des sortes de micro-actions de résistance revisitent des gestes de performances « historiques » des années 70 (comme ceux des artistes Bas Jan Ader ou Dan Graham). Certains projets donnent lieu à des vidéos ou des photos, comme la série du Pendu, les Roulades ou les Crash test – Mode d’emploi, transposition à l’échelle du corps individuel du principe des essais de résistance aux chocs pratiqué sur les automobiles. D’autres performances existent simplement lors de leur réalisation, comme lorsque l’artiste se propose de transporter gratuitement des passants dans une voiture familiale, dans la perspective revendiquée de se faire recruter par la société locale de transport collectif…

Le monde du travail, sa difficulté ramenée à son inutilité, influence Julien Prévieux qui, sans avoir forcément l’air d’y toucher, est un grand travailleur. Le regard ironique qu’il affirme se fait acerbe avec les impertinentes et drolatiques Lettres de non-motivation (« Je me permets de vous signaler que je ne pourrais travailler pour vous dans les années qui viennent »). Argumentées sur le mode du refus, ces réponses négatives à des offres d’emploi justifient l’envie de ne pas participer à un système aliénant et pétri de conventions. Performance inscrite sur le long terme et demandant des comptes aux grands groupes industriels, chaque lettre est comme un petit grain de sable venant gripper une machine broyeuse d’individus… L’une des forces de ce travail est sa capacité à engager un dialogue, selon des modes inédits et anti-conventionnels. Même si « c’est perdu d’avance », les réponses toutes faites qu’il reçoit à ces lettres démontrent toute l’opportunité de questionner la notion de « ressources humaines »…

Ce principe d’action à l’œuvre se retrouve comme moteur de nombreuses pièces, comme avec la Mallette n°1 (Ministre de l’Intérieur – 30 mai 2006). Les tampons qu’elle contient sont le résultat d’un prélèvement « sauvage » des empreintes digitales de Nicolas Sarkozy et constituent une sorte de « kit de survie » au sein d’une époque obsédée par le sécuritaire.

L’information, sa transmission et les métamorphoses qu’elle subit au cours de cette transmission, sont les ressorts des différentes pièces évoquées. En se diffusant, l’information risque aussi l’obsolescence, et c’est cette dimension que Prévieux explore dans La Totalité des propositions vraies (avant), une installation récente « augmentée » sous une forme élargie pour la force de l’art 02. Des livres aux contenus divers ont été sauvés du pilon par l’artiste pour former une curieuse collection. Dans le contexte de l’art, ces ouvrages (Vie pratique en minitel) dépassés trouvent de nouvelles fonctions au sein de l’organisation toute subjective dans laquelle ils s’inscrivent. Le public est incité à reconsidérer les usages du savoir, vers une véritable écologie du partage et de la circulation de l’intelligence. Même en temps de crise…

Gilles Baume – Standard n°29 – avril 2009

La Force de l’art

 

La nouvelle édition du grand raoult des arts plastiques en France s’annonce plus homogène et resserrée que la précédente, en 2006.

Trois commissaires (au lieu de dix pour la version 01) ont fait les sélections. La mise en espace s’organise à partir d’une scénographie de Philippe Rahm : la Géologie Blanche, qui forme une sorte de grande banquise s’adaptant aux œuvres.

L’actualité de l’art le plus pointu s’ouvre à un large public dans l’écrin monumental du Grand Palais. Une vraie reconnaissance pour le travail de prospection et de défrichage effectué aujourd’hui par les centres d’art et autres Frac sur le territoire national, en Ile-de-France comme en région. Le programme d’art vivant (musique, danse, projections, etc.), les « Invités », orchestré par Jean-Yves Jouannais, s’annonce tout particulièrement excitant.

A ne pas rater le lancement du catalogue monographique de Julien Prévieux Gestion des stocks (publié aux Editions ADERA) le 25 avril au Grand Palais.

G. B.