« Alors que la frénésie des métropoles aspire beaucoup d’énergie, Senlis a un côté forteresse. » A la Chantrerie Saint Rieul, dans l’Oise, le duo de créateurs Dévastée, Francois Alary et Ophélie Klere, a établi son atelier. A l’intérieur du monument médiéval classé patrimoine historique, entre des murs recouverts de croquis et patrons de prêt-à-porter, nous découvrons l’univers, pas si gothique que ça, de ceux qui impriment des pierres tombales sur leurs chemises – et qui font de drôles de rêves (lire ici le rêve que François nous a raconté dans Standard n°38).

François : « Au deuxième étage, j’ai conçu un espace où je me dédie entièrement au dessin et aux imprimés. Ils sont tous exclusifs et inspirés par des objets que l’on ramasse par hasard, ou par des natures mortes. »

Ophélie : « Au rythme de l’industrie, on ne peut pas se permettre de période d’assèchement créatif. Ici, dans notre petite bulle, avec nos objets chinés, nos collections de pierres, de fossiles, on a beaucoup de temps pour penser en toute tranquillité. C’est important de ne pas être à Paris. Ici, on est dans notre imaginaire, loin du stress, loin des ateliers de production, on s’exprime sans compromis. »

Ophélie : « Tout ça c’est ma bande de patrons ! Je les fais moi-même, car on ne délègue jamais la partie créative. »

François : « La vie et l’inspiration sont entremêlées, difficile de savoir où commence l’une et où finit l’autre… on collectionne de tout. On adore H.P. Lovecraft et on a récemment découvert Salvador Dalí en tant qu’écrivain, en particulier La Vie secrète de Salvador Dalí, c’est plein d’humour : de vrais faux souvenirs d’enfance et sa rencontre avec un hérisson en décomposition qui le rend totalement hystérique. »

 

Ophélie : « Le soutien de Didier Grumbach de la Fédération française de la couture et notre présence au calendrier officiel du prêt-à-porter signifient beaucoup pour nous. Le marché des créateurs n’étant pas très développé en France, cela reste un challenge de s’imposer face aux maisons de couture. »

 

François : « On s’est rendu compte qu’il est très important de ne vendre qu’aux boutiques qui savent défendre notre univers. C’est ambigu : autant notre style fait notre succès, autant on a du mal à nous faire comprendre par la masse. Les croix, les cimetières, le noir et blanc, ça peut paraître ostentatoire… »

Ophélie : « Une écharpe de la collection de cet hiver. On aime préserver notre identité à travers nos imprimés. »

 

François : « C’est un cobra que mes parents m’ont rapporté d’Inde quand j’étais petit. Avant, je collectionnais les serpents, c’est le seul que j’ai gardé. Il est vieux, le pauvre. »

Ophélie : « Notre salon. Machine à coudre, table à repasser… En ce moment, je prépare les patrons, après je passerai au mannequin pour m’occuper de la toile. Ensuite, je transformerai ma table de modélisme en bureau de gestion : ordinateur, fichiers fournisseurs, etc. Ça bouge tout le temps ! »

Photographie Cédric Viollet