Un sorcier rôde dans les fortifications du château fort de Blandy-les-Tours.
Cadavre exquis Courtesy Galleria Continua

Cadavre exquis Courtesy Galleria Continua

Dans la cour, un jardin en forme de croix, planté d’herbes aux vertus médicinales pouvant nourrir, soigner ou… intoxiquer, nous fait glisser le long de la séparation fragile entre science et superstition. Posés sur des barils, quelques personnages grotesques, fabriqués par un sorcier joueur en une matière dérivée du pétrole, accueillent le public à l’entrée de cette forteresse de Seine-et-Marne. Un peu plus loin, des fétiches plantés de clous ont été recouverts de coulures de peinture noire, et d’une bande de signalisation rouge et blanche. Un rituel obscur ? L’ensemble convoque étrangement tout autant la culture vaudou que la peinture expressionniste abstraite.

Frayeur dans les coursives
Coutumier de la provocation, l’artiste sud-africain Kendell Geers se glisse dans des détournements de vestiges. Un imprimé, dont il recouvre une réplique de La Victoire de Samothrace, est réalisé à partir de la calligraphie du mot fuck, qui ne devient plus alors qu’un signe obscur sur la statue sans tête. Cette insulte se cache souvent dans les motifs de Geers ; on l’a vue sur un crâne, une boule à facette, un crucifix, on la retrouve sur un immense pendule accroché dans la salle des gardes. Dans la majesté du lieu, l’étrange forme calligraphique oscille, animée par une formule magique. Le sacré se mêle au profane voire au vulgaire, ses jeux de mots sont autant de portes d’entrée sur une œuvre. A l’entrée des coursives, écrits au néon, sacred, « sacré », et scared, « effrayé », forment un cercle lumineux tel un signe kabbalistique. L’artiste mêle superstitions et religions dans un syncrétisme unique, jouant de nos peurs ancestrales. En reprenant pour titre de l’exposition celui d’un recueil poétique de William Blake, Le Mariage du ciel et de l’enfer (1793), il fait appel à l’expérience mystique et visionnaire du peintre anglais. Mais cette esthétique brute, peuplée de matraques et de tessons de bouteilles de bière, évoque plutôt une décapante magie noire.

Un univers trouble qui s’est pourtant assagi depuis 2005 où, rappelez-vous, lors d’une performance intitulée Cocktail, le soir du vernissage de l’exposition Dionysiac au Centre Pompidou, Kendell le punk avait laissé les invités apprécier leur champagne dans des coupes moulées sur son sexe en érection. Une autre perception de la sorcellerie.

Le Mariage du ciel et de l’enfer
Château fort de Blandy-les-Tours, Blandy
Jusqu’au 21 octobre

Kendell-Geers Temene Courtesy Galleria Continua

Temene Courtesy Galleria Continua