Imagerie commissionnée, art outsider : avec ces planches glanées, à 61 ans, Jim Shaw s’éloigne toujours autant de tout académisme. Jes’!

Jim Shaw portrait interview Inky Depths

Cette « collection didactique » (lire notre article sur l’expo) est-elle une reformulation de votre création, un autoportrait ?
Jim Shaw : Elle rassemble des choses ayant influencé mon art. Il s’agit de cartes, de tableaux, provenant des milieux des chrétiens apocalyptiques, des fanas de soucoupes volantes, des sociétés secrètes. Son noyau intégrait l’exposition Left Behind que j’ai faite au CAPC de Bordeaux, et qui énonçait l’importance de cette sous-culture en Amérique. [Il y présentait en 2010, une série de sculptures, d’assemblages post pop, de vidéos et de peintures monumentales, relatant l’histoire américaine et son parcours personnel sur un mode proliférant et chaotique. En accompagnement de l’expo, il avait introduit une partie de sa collection d’objets millénaristes.]

Comment qualifier votre relation à la religion ? Fétichiste ? Iconoclaste ? Scientifique ?
Je reste ambivalent, mais cela reste un grand thème. Je pense que pour les véritables croyants, cette sensation procurée par « la gloire de Dieu » existe, elle est semblable à l’addiction pour un drogué. Une chose que nous autres, les « raffinés », avons du mal à comprendre.

Quelle est l’importance du mythe dans votre travail ?
Le mythe et la religion constituent une bonne caisse de résonance pour les effets harmoniques que leur altération peut produire. Dans cette exposition, je présente tout simplement les mythes des autres. J’espère pouvoir écrire les miens, qui résisteraient à l’épreuve du temps, mais ceux qui sont prêts à l’emploi sont plus fiables.

Comme pour les Surréalistes, y a-t-il des outsiders qui vous inspiré ?
Oui, beaucoup, est ce que Clovis Trouille en fait partie ? [Peintre français de l’érotisme macabre et anticlérical, mort en 1975]. Il y a aussi Darger, clairement. Je n’ai pas d’autres noms en tête à ce moment, mais j’ai été très heureux d’être inclus parmi eux lors de la dernière Biennale de Venise [dans le Palais Encyclopédique de Massimiliano Gioni, inspiré du musée utopique breveté en 1955 par l’autodidacte Marino Auriti, censé regrouper dans un immeuble l’ensemble des savoirs humains].

Vous voyez beaucoup d’expositions ?
Non. Mon activité chronophage, la scolarité de ma fille et le trafic horrible de L.A. ne me le permettent tout bonnement pas !

Par Grégory  Picard