Hawtin/Kapoor, rencontre massive

Le roi plastifié de la techno minimale était invité par le sculpteur monumental au Grand Palais : vraie fête de la musique.

WE LOVE ART

© Monumenta 2011 – Anish Kapoor © Pierre Emanuel Rastoin © We Love Art

Ce n’est pas la première fois que le Grand Palais accueille une soirée électro, mais l’évènement du 21 juin dernier, sous prétexte de fête de la musique, résonne avec un symbolisme plus définitif que d’habitude. En plus du contexte assez formel du « Jack Lang Day », s’ajoute celui plus attrayant de la sculpture d’Anish Kapoor défiant toute notion d’espace (le challenge de l’exposition Monumenta,en fait). Sa création unit trois énormes globes en toile mauve dans le musée. Ce n’est pas la première fois que ce gigantesque et charnu continuum est célébré musicalement : l’artiste anglais a déjà invité quelques noms de l’avant-garde, tels que Charlemagne Palestine ou Keiji Haino, à jouer à l’intérieur de l’imposante structure rougeoyante. Du fait de sa popularité et de la gratuité de la night, Richie Hawtin, ponte controversé de la techno, a été installé sur le balcon, face à l’une des trois pharaoniques protubérances du Léviathan, pour accueillir tout son public réduit à l’état de lilliputiens.

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© Richard Rosch

Foule aliénée
La soirée s’installe avec une prestation plaisante mais très convenue du frère Hawtin, Matthew, qui n’a clairement pas inventé le fil à couper le dark ambient ou l’électro expérimentale. Face à l’intimidant zeppelin, Hawtin répond par une longue introduction reposant sur des drones inondant l’espace laissé vide par la bestiole. Une suite de formes sonores tantôt agressives, tantôt neutralisantes, dont les vrombissements viennent s’allier aux exclamations d’une foule à la fois extatique et aliénée à l’extrême devant tant d’abstraction. Le producteur canadien délivre enfin la succession de beats tant attendue, d’abord via une rythmique sèche et presque trip hop, jusqu’à faire finalement jaillir la techno minimale la plus élémentaire et impitoyable sur les parois des lieux.

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© Richard Rosh

L’œil du Léviathan semble être devenu une boule disco menaçante, et l’on ne peut qu’éprouver un frisson devant une rencontre si puissante entre ces trois éléments : le Grand Palais, enceinte emblématique ouverte pour l’Exposition universelle il y a plus d’un siècle, l’installation aux proportions inhumaines de Kapoor qui prend une allure toujours plus mutante, et la techno absolue de Richie Hawtin, qui injecte de nombreux extraits de son catalogue Plastikman dans son set, portant à son paroxysme la dimension spatiale de ses productions. Un moment proche de l’anthologie.

Thomas Corlin

Plastikman : Kompilation (M_nus)
Prochaine soirée électro au Grand Palais le 8 octobre avec Agoria, DJ Medhi & Riton, Klaxons, Cassius.

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© Richard Rosch