Dans la chambre de Woody

Le docu sur Allen vaut-il le coup de quitter son canapé ?

Woody Allen, a documentary, l’enquête du New-yorkais Robert B. Weide sur notre idole à lunettes, est toujours en salles. Pendant deux heures environ, le charme de ce digest du binoclard génial tient plus à l’œuvre elle-même (on y voit et revoit des scènes formidables) qu’au propos de ce film qui souffre de ne pas en avoir.

C’est la première fois que Woody participe à un doc’ sur sa petite pomme : d’habitude il se contente d’interviews, mais Weide, par ailleurs metteur en scène de la série Curb Your Enthousiasm, a réalisé plusieurs hommages à certains maîtres de Woody, comme les Marx Brothers, W. C. Fields ou encore Lenny Bruce, ce qui a dû le décider. Hélas, le réalisateur se contente de faire défiler la filmographie, illustré de propos louangeurs de ses collaborateurs, de confrères (Scorsese), et des acteurs (chouette moment avec Josh Brolin, dans les coulisses de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, qui a l’impression de « repartir à zéro » ; chouette moment aussi, mais trop court, avec Sean Penn, qui précise que Woody ne lui a fait aucun retour, ni positif ni négatif, sur sa performance hallucinante en jazzman fêlé dans Accords et Désaccords).

Machine à écrire allemande

Le plus intéressant, et les plus paresseux ont beaucoup de chance parce que cette séquence figure presque intégralement dans la bande-annonce, c’est un instant rare, que tous les fans attendaient depuis des années ; la découverte d’un lieu, longtemps fantasmé, évoqué pendant des décennies à longueur d’interviews : la chambre de Woody. C’est là qu’il écrit. Son lit, son grand lit, en face de son bureau, sur lequel trône une machine à écrire de marque allemande sur laquelle il tape tous ses scénarios depuis quarante ans.

On voit aussi un objet totémique pour les fans : le tiroir de sa table de de chevet ! Cette table de chevet dans laquelle il avoue piocher depuis des années, tous les ans, pour dégotter parmi des dizaines de vieilles feuilles jaunes et blanches des pitchs et des situations pour son film annuel. On le voit donc faire ce geste : sortir les feuilles du tiroir, les éparpiller sur le lit, les relire et se demander laquelle donnera lieu à son prochain long-métrage « nul », « OK », « pas mal ». Cette intimité-là vaut le détour.

Ensuite, il y une séquence complètement loufoque (elle est aussi dans la bande-annonce, décidément très bien faite) où Woody fait de la boxe avec un vrai kangourou, comme dans les cartoons, dans le cadre d’un sketch à la télé américain ; et deux citations, que je cite de mémoire : « Chaque tournage est l’occasion de voir jusqu’où je suis capable de me prostituer pour éviter le désastre » et quelque chose à propos d’un « grand film » qu’il n’a jamais réussi à atteindre. On peut lui donnez tort, en pensant qu’il y a dans sa filmo des pièces maîtresses (au hasard : Manhattan, Annie Hall, Zelig), on peut aussi lui donner raison, tout en considérant que depuis plus de quarante ans, Allen accumule de façon métronomique de petits moments de grâce, d’amour, d’humour et d’intelligence, qui finissent par donner un seul très grand film : son œuvre.

Woody Allen, a documentary, de Robert B. Weide

En salles depuis le 30 mai