Benh Zeitlin signe une belle fable d’anticipation écolo, un peu vite désignée Nuit du chasseur post-Katrina.

Les betes du sud sauvage Benh Zeitlin article standard

Dans un futur proche, la fonte des glaces polaires cause des déluges à répétition. Une fillette et son père survivent tant bien que mal au gré d’un bidonville en banlieue de la Nouvelle-Orléans. Quiconque s’est déjà rendu en Louisiane vous le dira : il y a autant de gumbos, le ragoût national, que d’habitants. Celui que Benh Zeitlin a concocté pour son premier long-métrage est goûteux mais chargé en ingrédients. Encensé à Cannes et à Sundance, Les Bêtes du Sud sauvage marche dans les pas d’Hushpuppy, 6 ans, qui sera notre guide et la narratrice. Entre Zazie dans le bayou et fable d’anticipation écologique, Zeitlin pratique un réalisme poétique foisonnant, invoquant autant Terry Gilliam que Terrence Malick, l’esthétique du chaos de l’un et le mysticisme cosmogonique de l’autre, réunis autour d’une préoccupation de l’humain. Un cinéma de bric et de broc, à la marge de la production mainstream, pour parler de l’Amérique semi-rurale des mobile homes décatis.

Réalisateur démissionnaire
Zeitlin observe avec une belle bienveillance cette population négligée, héros d’une nouvelle Odyssée biblique (une arche de Noé miniature) et mythologique (les bêtes du titre). Loué par Barack Obama autant que par Oprah Winfrey (ce qui était déjà suspect), le conte est envoûtant, les décors sont superbes, mais bute sur ses propres limites. En se penchant sur l’abandon et la préparation à une apocalypse, Zeitlin filme la Nouvelle-Orléans après un ouragan… en ne mentionnant que du bout des lèvres la politique sociale américaine, de façon quasi démissionnaire.

Ce sont les deux acteurs principaux, Dwight Henry et Quvenzhané Wallis, recrutés sur place, amateurs et fantastiques, qui sont chargés d’incarner le propos. De quoi ces bêtes sont-elles la métaphore ? On ne le saura jamais vraiment. De même qu’on ne voit quasiment personne en dehors au bidonville – aucun contrepoint, donc. Le résultat est comme le sol sous les pieds d’Hushpuppy : flottant. Pas inconfortable, mais trop souvent tape-à-l’œil. Trop vite classé Nuit du chasseur post-Katrina, il n’est pas interdit de faire la fine bouche devant ce premier film certes très prometteur, mais où l’on aurait préféré entendre plutôt qu’une voix-off artificielle et pompière, celle du cinéaste.

Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin
Mercredi 12 décembre