Revisite de notre analyse de la culture people de Standard 27, spécial Gossips, publié en avril 2010.

Episode 3 : après le paparazzi Pascal Rostain, le rédacteur en chef adjoint de Voici capturé en pleine rue, les dérives de Britney vues par une écrivain.

Satanique, hypersexuée, mère indigne, junkie chauve : Britney Spears nourrit quantité de rumeurs timbrées. Tri sélectif en compagnie d’Elise Costa, 27 ans, auteur d’un chouette premier roman road-trip sur les traces de la lonely crazy pop star.

En janvier, Britney Spears a publié sur son site 75 gossips la concernant – enfance dans une caravane à manger des écureuils, fiançailles pharaoniques avec un chorégraphe bollywoodien – frappés du sceau « bullshit ». Comment analysez-vous ce geste ?
Elise Costa : Pendant des années, ses managers n’avaient plus de prise sur ce qu’elle faisait ou racontait ; par exemple, en sortant de désintoxication, elle donna une interview exclusive à X17 Online dans les toilettes d’un restaurant pour raconter que son entourage était composé de salauds incompétents. Je pense que l’idée vient d’eux, pour narguer la presse à scandales. Lister des ragots les plus stupides, c’est dire aux journaux people : « vous n’avez plus le contrôle ».

« La Saint-Valentin toute seule au McDo. », « Ses deux fils à l’hôpital.»… Comment expliquer une telle avidité de la part du public ?
En toute logique, nous aurions dû faire une overdose. Mais nous avons peut-être développé une certaine dépendance à lire ses frasques, surtout depuis 2007, 08 où il ne se passait pas un jour sans un ragot plus juteux que la veille [voir extraits ci-après]. Britney mène une vie relativement normale maintenant. Que faire quand l’offre people est inférieure à la demande ? Vous inventez, et traitez tout sur le mode dramatique. Ses deux fils à l’hôpital, je suis persuadée qu’ils passaient un contrôle de santé annuel. Et puis, est-ce grave de passer la Saint-Valentin seule ? Les gens aiment Britney dans son rôle de victime. Cette avidité s’explique à 50 % par la multiplication des moyens de communication, à 40 % par un désir du lecteur de voir Britney pathétique, et 10 % à cause de people comme Lindsay Lohan qui, tous les quatre matins, raconte leur vie dans les journaux.

Si vous étiez coincées dans un ascenseur, vous lui demanderiez vous lui demanderiez vraiment « qu’est-ce qui est le plus important, la musique ou la danse ? » ? 
Je ferais comme si je ne la reconnaissais pas, histoire de lui foutre la paix. Mais si j’avais un semi-automatique sur la tempe et que je ne devais lui poser qu’une question, je lui demanderais quelle musique elle écoutait pendant sa période sombre.

Pourriez-vous illustrer votre théorie sur la « thermodynamique people » ?
Okay, prenons Misha Barton. A cet instant T, sa température corporelle est de 37,5 °C en raison de quelques bouffées de chaleur, et les forces extérieures, appelées aussi paparazzis, sont au nombre de 11. Sa masse volumique de peau d’orange visible est de 10 cm² / cuisse. C’est beaucoup trop. Nous savons alors qu’elle est habillée d’un short une taille trop petite et qu’elle ne va pas tarder à faire un doigt d’honneur. J’ai oublié de préciser que la thermodynamique people n’est pas une science exacte.

A force de mettre en scène sa notoriété, de brouiller les frontières entre sa vie et son œuvre, Britney est-elle un chef-d’œuvre en elle-même ?
C’est un peu fort. En revanche on peut dire qu’elle est un bien culturel. Et comme l’a démontré Alfred Marshall, un économiste du XIXe siècle, « plus on consomme de biens culturels, plus on a envie d’en consommer ». C’est l’effet que Britney a sur moi.

Pour imaginer son avenir, sommes-nous obligés de penser à la carrière de Madonna ?
Comme Madonna avec Mirwaïs, elle s’est approchée d’un Français fana d’électro. Elle collaborait en ce moment avec David Guetta. Ça me fait un peu peur ! Je suis plus impatiente de découvrir son duo supposé avec Lady GaGa. Je ne la vois pas foirer musicalement, elle est trop bien entourée pour ça. Tout ce que j’espère, c’est qu’elle ne passera pas sous le bistouri.

Que pensez-vous de cette citation de Kate Moss a propos des ragots à son sujet : « Plus ils me rendent visibles, plus je deviens invisible. » ?
C’est vrai, en un sens. Un individu surmédiatisé, c’est avant tout individu dématérialisé : il perd son visage « humain », et vous n’imaginez plus ce qu’il peut ressentir en lisant toutes ces rumeurs crasses sur son compte. Et si vous n’imaginez plus ça, si vous occultez ses pensées, alors vous ne connaissez jamais son vrai visage.

Elise Costa

Elise Costa : « Britney ? En toute logique, nous aurions dû faire une overdose. »

Dans Kate Moss Machine, Christian Salmon explique sa pérennité par sa capacité à « investir » des rôles attendus : la femme-enfant, la femme-fatale, la star décadente, la femme d’affaires, la femme épanouie. Pareil pour Brit-Brit ?
Oui. Si les artistes n’ont qu’une facette, ils finissent par lasser. Britney (je milite pour la disparition du surnom « Brit-Brit », même s’il est affectueux, il me fait trop penser à un caniche de mémé à la permanente violette) est passée de la lolita à l’hypersexuelle, en passant par le statut de mère de famille. Je ne suis pas sûre pour Kate Moss, mais pour Britney il n’y a jamais eu préméditation.

Quels sont vos potins préférés à son sujet ?
Ceux potentiellement crédibles. Quand elle était enfermée au centre de désintoxication de Promises, certains torches-culs en manque avaient raconté que Britney avait foutu les foies aux infirmiers en s’écrivant 666 sur la tête et criait « JE SUIS L’ANTECHRIST » dans les couloirs. C’est le plus marquant. Il y a une obsession à l’assimiler à Satan : des vidéos YouTube essayent de démontrer comment, à travers ses clips et sa musique, elle voue un culte satanique, et quand son compte Twitter a été piraté, les messages postés disaient « Je me donne à Lucifer tous les jours, gloire à Satan ! ».

S’il vous est « impossible de vous définir comme une fan de Britney », ne le seriez-vous pas du rock critic Chuck Klosterman, pour l’utilisation névrotique de notes de bas de pages et les clins d’œil pince-sans-rire à la pop culture ?
J’ai une dette envers beaucoup de personnes et Chuck Klosterman est le premier sur la liste. A 21 ans, ça a été une révélation : j’utilisais déjà les références à la pop culture, les pourcentages fictifs et les détails à foison, et soudain je découvrais qu’on pouvait en faire un métier. Les notes de bas de page, ça vient de lui évidemment, c’est un bon moyen de tenir ses digressions par les rennes. Mais je ne suis pas intégralement fan de lui : quand il s’essaie à la fiction – comme pour Downtown Owl –, ce n’est pas raté, mais c’est vraiment moins percutant.

Vous travaillez sur un bouquin sur Christina Aguilera ?
Je ne pense pas. Elle a fait de bons morceaux pourtant (dont certains produits par Linda Perry !), des clips vraiment bien fichus et pour une raison inexpliquée, j’aime les blondes platines. Je travaille à faire accepter mes articles non destinés aux Bridget Jones, aux sujets non geeks et qui ne portent sur aucun mouvement tendance. J’en bave. Après ça j’aimerais bien m’essayer au scénario.

Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears
Editions Rue Fromentin, 240 p., 18 euros

 

Verbatim

Britney Spears

© PNTS

Hit Me Britney One More Time
Fuites exclusives du roman d’Elise Costa. Le top des potins qui flambent.
« Mes yeux picolaient de fatigue, car j’avais passé les heures précédentes à engloutir l’autobiographie de Lynne Spears, la mère de Britney. […] En quelques lignes : Britney picole à 13 ans sur le plateau du Mickey Mouse Club ; Britney perd sa petite fleur à l’âge de 14 ans ; Britney embarque à bord de son jet-privé avec un sac de cocaïne et de marijuana à 18 ans ; et, alors qu’elle vient de fêter son 26e anniversaire, Britney est internée en psychiatrie à l’hôpital Cedars-Sinai, au 8 700, Beverly Boulevard de Los Angeles. Mais nom de Dieu, qui est Britney Spears ? »

« Une rumeur, en 2004, courait sur le fait que Britney n’avait aucune idée de qui était Yoko Ono. La rumeur a aussi son pendant « Rolling Stones » : après avoir repris la chanson I Can’t Get No (Satisfaction), Britney se serait retrouvée un jour dans un ascenseur avec Mick Jagger et ne l’aurait pas reconnu. »

« Aux balbutiements de l’année 2004, vêtue d’une casquette de base-ball et d’un jean troué aux genoux, Britney se maria vers cinq heures du matin à Jason Alexander, un ami d’enfance de Kentwood, à la Little White Wedding Chapel, dans le quartier du Las Vegas Boulevard. […] Selon Jason Alexander, dans une interview exclusive accordée au Sunday Times, Britney venait de passer trois jours à prendre des capsules de MDMA le soir pour faire la fête, des rails de coke le jour pour rester éveillée, et de la Vicodin pour se reposer, au point de finir par s’évanouir. Après avoir passé 72 heures à faire du sexe sauvage et à discuter nus tels Adam et Eve allongés sur le grand lit d’un des hôtels du strip, Britney lui aurait demandé de l’épouser dans l’euphorie toxique du moment. Du Harlequin pour junkies, en somme. »

« Ses fans […] espéraient un comeback fulgurant et merveilleux. Au lieu de ça, Britney s’est mise à faire la fête avec Paris Hilton, à picoler et à oublier son régime post-accouchement. Scandale et damnation. L’Amérique veut de la transformation, du dépassement de soi, une jolie fin et des tubes sur lesquels danser sous sa douche. Britney est une machine à entertainment : elle doit divertir la foule. C’est son job. »

« Je me suis progressivement désolidarisée de son attitude white trash. Lorsqu’elle a délibérément montré sa vulve, trois fois dans la même semaine, à la foire aux requins qui n’attendaient que ça pour se racheter une garde-robe chez Von Dutch, j’ai un peu pleuré intérieurement en même temps que sa mère. »

« Le Petit Journal consacrait quotidiennement une minute (voire plus) à l’événement Britney Spears du jour. […] Imaginez alors qu’elle : sortait avec une sorte de boléro-chemise transparente nouée sous la poitrine, et ce sans soutien-gorge ; roulait sans but pendant des heures dans les rues de Los Angeles ; portait régulièrement une perruque rose pétard, même pour rentrer dans un 7-eleven s’acheter un Twix ; changeait de tenues plusieurs fois par jour, en priorité dans les toilettes des stations-services où elle rentrait pieds nus ; prenait sporadiquement un accent anglais. »

« Il y a quelques temps, une rumeur folle circulait sur Internet : Tarantino aurait choisi Britney Spears pour jouer dans son prochain remake, Faster Pussycat, Kill ! Kill ! Certes elle a été démentie – me causant grande peine – mais elle n’était pas irrationnelle […] parce que Britney est un personnage tarantinesque. Elle est Alabama Whitman dans True Romance, qui tombe amoureuse en une nuit. Elle est Mia Wallace dans Pulp Fiction, qui veut absolument danser et remporter le trophée. Elle est Jackie Brown, qui rêve d’indépendance. Elle est Uma Thurman dans Kill Bill, qui voulait juste avoir une vie normale, être mariée et avoir des enfants. Elle est Zoé dans Boulevard de la Mort, qui aimerait rouler vite à bord de son bolide sur les sentiers perdus. Britney Spears est culte. On voudrait en faire une fille discrète, élégante et sophistiquée en accord avec cette espèce idéal féminin stupide ancré dans l‘inconscient collectif. On lui en voudrait moins si elle avait les aisselles poilues et les lunettes mal ajustées, mais voilà, elle a l’allure ratée d’une Barbie WASP qui aurait grandie dans le château d’Hugh Hefner. »

« Lire la presse people est une distraction qui me plaît, tout comme marcher dans les bouses de vaches étaient une activité qui me plaisait quand j’étais môme. C’était chaud, poisseux, sans fondement et incongru quand on était en robe, mais surtout, c’était marrant. »

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