Virginie Yassef: Un mur de sable vient de tomber

© Aurélien Mole, 2012

Une ligne d’horizon composée de petites photos accrochées au niveau du regard fait le tour d’une salle. Le public scrute ces séries qui flottent au centre de leurs cadres. Chacune de ces compositions, assemblées par groupe de deux ou trois images, a une atmosphère étrange, et mises les unes à côté des autres, elles se font l’écho d’un scénario. Les liens sont multiples, formels ou colorés. On peut voir des traces dans la terre, des reflets sur l’eau, mais sans repères, on passe d’échelles immenses à des microcosmes. Un chat blanc sur fond noir à côté de deux lampes orange dans la nuit semblent d’un coup être la paire d’yeux de l’animal…

Au milieu de cet espace blanc et aéré, propice à la méditation, fauteuils et table basse, le visiteur peut confortablement s’installer pour lire un étonnant recueil de citations trouvées au gré d’une lecture assidue du Monde et de Libération. Une quête de l’incongru dans le quotidien, démarche coutumière de Virginie Yassef, jeune artiste française qui remplit ses cahiers de photos et bouts de phrases lues, vues ou entendues. Ces propos sibyllins faisant jeu de hors-champ sur notre vie de tous les jours peuplent la trame fantôme accrochée au mur.

Philip K. Dick dans un magasin de jouets
Non loin, un bruit curieux se fait entendre, répétitif et vrombissant, un engin qui décolle ? On finit par repérer un système de ventilation qui ondule, intervention discrète et néanmoins obsédante qui accompagne la promenade (Grille d’aération, 2012). Serait-ce l’Airedificio, créée en 2007, qui prend son envol ? Cette navette spatiale imposante et aérodynamique tient sur un pan de mur avec un point d’équilibre tellement précaire qu’elle semble suspendue, soustraite à la gravité terrestre. La Galerie concentre cet univers qui tiendrait d’un roman de Philip K. Dick ou d’un magasin où les jouets s’animeraient et auraient perdu leur petitesse.

Dans On n’a jamais vu de chien faire, de propos délibéré, l’échange d’un os avec un autre chien, 2012, un costume en peau de loup attend son propriétaire sagement accroché au porte-manteau d’une pièce qui semble être le lieu d’un rituel obscur. Dans cette nature à plumes de paon, où une bulle couleur métallique navigue sur un bout de roche recouvert de peinture blanche effet frigidaire, on se dit qu’il serait « possible de croiser des tortues dont la tête est surmontée d’un aimant »*.

*Extrait du recueil Que faire des tissus de mammouth retrouvés en 1994 ?
(Editions 224, 2012)

 

Virginie Yassef
Un mur de sable vient de tomber
C’était à La Galerie, centre d’art contemporain, Noisy-le-Sec