Mettre en scène le réel ou l’essence même du théâtre.

Ivo-Van-Hove-Personna-avant-la-repetition Diaboliquement efficace dans la précision et la simplicité, Persona du Flamand Ivo Van Hove scalpe le réel avec une extrême maîtrise du texte (Ingmar Bergman) et un décor minimal sublime. C’est froid, c’est tragique, c’est beau : tous sens aux aguets, la transe prend et c’est rare quand les acteurs s’expriment dans une langue étrangère et que notre œil fait l’aller-retour entre la traduction en fond de scène et le jeu. Sans doute le son, techniquement parfait, nous aide à entreprendre le voyage : papier froissé, déglutinations, raclements de gorge… l’infiniment petit arrive à nos oreilles, créant une proximité auditive palpable avec les comédiennes (Marieke Heebink et Karina Smulders). Les corps nus s’exposent sans pudeur, et l’on éprouve de la compassion pour ces femmes qui s’engagent aussi pleinement. Normal direz-vous, Après la répétition et Persona sont des portraits de comédiennes… Huit clos. C’est l’histoire d’une actrice qui cesse soudain de jouer au milieu d’une représentation et refuse de prononcer un mot de plus. C’est l’histoire d’une mère qui n’arrive pas à ouvrir son cœur à son enfant. D’une jeune infirmière pleine de bonne volonté qui va tenter de la soigner. Elles partent toutes deux sur une île déserte. Slpash – les murs de la chambre d’hôpital s’ouvrent d’un coup sur l’extérieur, comme soufflés par une explosion, révélant un plan d’eau, que l’on n’avait pas remarqué. Elles sont vraiment sur une île déserte, perdues dans le soleil couchant de l’immense scène de la MAC. C’est magnifique. L’infirmière parle sans cesse et de plus en plus sur le ton de la confidence à la muette, elles se lient d’amitié, un rapport de séduction s’installe entre elles. Puis c’est l’orage – vraiment un orage, le vent, la pluie, la panique, la joie d’offrir son corps aux éléments. Les rapports de force s’inversent. Discrètement, implacablement, l’actrice reprend le grand rôle de sa vie, celui de la manipulatrice. Elle est sauvée, mais que reste-il de sa compagnie ? La fascination de Ivo van Hove pour Ingmar Bergman s’exprime dès 2005 avec son innovante mise en scène de Scènes de la vie conjugales présenté à la Maison des Arts de Créteil en 2011. Il y faisait jouer le rôle-titre du couple Johan et Marianne par trois duos d’acteurs. A chaque nouvelle séquence, nous étions invités à nous déplacer autour d’une scène camembert, divisée en trois – la cuisine, la chambre, le salon, avec vue sur les coulisses au milieu de la structure. Une autre façon de créer de l’intimité dans des lieux inattendus, toujours au plus près du réel : une certaine apparence de la normalité. Compte rendu du 8 avril à la Maison des Arts de Créteil pour le festival EXIT. Cet automne, au même endroit, Ivo van Hove s’attaquera au plus grand classique français : L’Avare de Molière. C’est non récalcitrant que nous irons voir cette pièce de 300 ans d’âge puisque que l’avare 2013 sera un golden boy pris dans la tourmente des cours de la bourse, perdu dans la multitude d’écrans vidéo de sa forteresse de verre et qu’il cache sa cassette, transformée en clef Usb, sous la ceinture. Marion Boucard Après la répétition/Persona Du 15 au 18 mai à Amsterdam Du 31 mai au 2 juin au Kaaitheater de Bruxelles Les 8 et 9 juin à Anvers L’Avare de Molière MAC Creteil Maison des Arts Du 07 au 16 novembre