Ce qu’elle fait
Les fantômes existent, Alexandra Navratil en sait quelque chose. Son exposition Plunge / Soar (2014) ressuscite des phantom rides de la fin du xixe siècle. Ces films courts, capturés par une caméra fixée sur la locomotive des trains coloniaux, offraient aux Occidentaux les premières images des contrées qu’ils étaient en train de conquérir. Exhumés des archives de l’Institut colonial d’Amsterdam, ils accompagnent des photographies de la même période (l’actuelle Indonésie, le Suriname et les Antilles néerlandaises restèrent sous contrôle hollandais jusqu’au milieu du xxe siècle). Ce n’est pas simplement l’aspect historique qui intéresse l’artiste zurichoise, mais aussi la matière, les couleurs, les défauts, que révèlent les loupes placées sur les planches-contacts (Phantom 2). L’ancienne élève de la Central St Martins expose ce double regard à Rome, Philadelphie, Paris, Berlin et New York. Ces pellicules condamnées à l’oubli lient le sens à la matérialité.

Alexandra Navratil Phantom 2 detail

Phantom 2 (detail), 2014. Triptych, photographic prints, 200 x 84 cm

Alexandra Navratil Phantom 1

Phantom 1, 2014. HD video, color, no sound, 00:55 seconds, loop


Ce qu’elle en dit
« Dans les archives, je cherche à décrypter le monde d’aujourd’hui. Nos racines technologiques et philosophiques trouvent leurs origines au xixe siècle. Ce passé proche explique les manifestations sociales, politiques et culturelles actuelles. Je m’intéressais au mouvement circulaire d’un point de vue économique, psychologique, mais aussi cinématographique. J’ai donc recherché des phantom rides, sous-genre du travelogue [docu de voyage qui a donné naissance au travelling]. Je me suis intéressée à ceux de l’époque coloniale pour souligner le lien entre cette expansion et le développement technologique, à la façon dont il se manifeste dans ces films. Cette question en tête, j’ai poussé la porte des archives et je me suis laissée porter par mes trouvailles. »

Par Mathilde Hostein

Alexandra Navratil and Adrià Julià
NADA, Miami Beach
Du 3 au 5 décembre

Riga Photography Biennal, Latvia
A partir du 21 avril 2016

Solo shows :

Dan Gunn, Berlin
A partir du 23 avril 2016

Spending Quality Time With My Quantified Self
TENT, Rotterdam
Du 12 février au 17 avril 2016