Alexander Faem by Stéphane Pianacci

Ne vous fiez pas à sa parure martiale. Le dernier opus solo d’Alexander Faem, guitariste de Gülcher, est autant un « album en costumes » que son précédent, Agent 238, était un pulp d’espionnage. Raffiné et rêveur, Bataille Royale est plutôt un allié musical du film de guerre façon Serge Bozon. Dans son régiment éclaté comme dans la France (2007) la fleur au fusil dépeinte par le cinéaste précieux, les trachées miaulent plus que les tranchées ne sanguinolent, et la pop bricolée détonne bien davantage que les canons les mieux ramonés. Derrière les ors et les froufrous de façade, et la poudre enflammée du vocabulaire belliqueux, c’est bien d’une ode aux déserteurs de la vie qu’il s’agit. Que l’artiste se croque en Petit Personnel façon Luis Buñuel, avec une ironie sévère mâtinée de tendresse, qu’il remette en cause le droit de propriété au-delà du hamac (pour la blague, mais pas que) ou qu’il annonce la fin sordide des fous qui osent braver l’Orthodoxie, c’est toujours une lettre d’amour aux maladroits qu’il déroule dans ses titres, sobrement excentriques. Un monument aux distraits, un autel aux gueules cassées, qu’il bâtit au forceps nonchalant, préférant toujours l’oblicité bancale des poètes aux inepties parallèles des droits dans leurs bottes.

Alexander Faem by Stéphane Pianacci

Portez donc plutôt attention à l’arrière-plan shakespearien qui orne sa pochette verdoyante. Etre ou ne pas être repoussé par les donzelles à casque d’or, telle est la question délicate qui déflore ses chasses gardées et empoisonne ses duels au cœur à cœur. Volontiers malicieux, Faem et sa complice Clara Enghoff (vocaliste issue du jazz) cuisinent leur Hamlet aux yeux brouillés, avec supplément champignons magiques, respectant autant les dandys commandements (plutôt mourir que d’être vulgaire) que la loi souterraine des plus belles incantations gainsbouriennes (le verbe hot pousse avant tout dans le fumier opiacé). Plus tyrolien que tire-au-flanc, plus trublion que petit soldat, Alexander le Gland pourrait bientôt mener la danse au royaume des sans-grades, et la chanson francophone la plus racée ne s’en plaindra pas.

Alexander-Faem-Bataille-Royale-cover

Bataille Royale
Martyrs Of Pop