Le nouveau logo de l’Elysée ressemble au blason de Goldorak ? Ça nous rappelle que dès 2012, dans Standard 35, l’écrivain Alex D. Jestaire avait vu en François Hollande un envoyeur de « fulguro-taxes ». Bonne relecture !

Par le pouvoir du crâne ancestral

Par Alex D. Jestaire

Vous savez pas tout. On vous dit pas tout. Tiens, l’élection de Hollande – le jour de la passation de pouvoir avec Sarkozy –, on se souvient de la poignée de main sur le perron de l’Elysée, « brève et sans chaleur » – enfin on se souvient surtout du narvalo dans la rue de devant qui a eu le temps de gueuler « casse-toi pov’con » au mégaphone avant de se faire piler par les condés – c’était sur YouTube le soir et à la une de Libé le lendemain. Mais ce à quoi on pense moins, c’est qu’avant la poignée de main, Hollande a reçu les codes nucléaires de l’autre – déjà tu pourrais te sentir soulagé, mais dis-toi que ce mec aux yeux qui tombent là, si t’es au courant pour Hiroshima, ben ça y est, c’est devenu une sorte de dieu, vraiment –, il a un pouvoir sur toi, sur tout le monde, celui de tout faire péter – et toi t’y peux rien, comme pour la météo. Tu vois Zeus ? C’est kif-kif.

Mais tu sais pas seulement le dixième. Quand Hollande a mis le collier de grand maître de la Légion d’honneur, ce truc énorme qui lui descendait jusqu’aux genoux, ça avait juste l’air folklorique, mais si tu t’y connais en sigiles et en héraldique, tu pleures ta mère du nombre de symboles hyper puissants cumulés dans les siècles que ce type portait sur les épaules – représente-toi Musclor recevant le pouvoir du crâne ancestral –, les couronnements étaient religieux, là c’était un patch upgrade pour le socialisme version 5.0, adapté au xxie siècle.

Le passé se consume sous l’Arc de Triomphe quand François ravive la flamme, pompe à lyrisme énergétique retransmis aux lucarnes des hospices. Un grand buffet bio des Restos du Cœur est ouvert à tous pour quatre jours sur la longueur des Tuileries. Après, si tu crois les images, tu te dis que Hollande est resté danser la java et le disco jusqu’à pas d’heure aux Tuileries avec le peuple. Mais bien sûr ce n’était pas lui mais un homoncule, ou même une doublure. Car une fois investi du pouvoir, le vrai François Hollande a grimpé dans une sorte de Batmobile qui l’a mené jusqu’à l’autre Arche du rézo, celle de la Défense.

Là il a vraiment pris les commandes de la République, dans un habitacle au centre secret de l’Arche, vêtu d’un costume de circuits et de lumière. Dans un plan parallèle où ont lieu les combats, sa puissance présidentielle s’est déployée sur l’esplanade noire et la cour anxieuse des sires transnationaux. Ses fulguro-taxes se sont mises à pulser, sa hache d’exception culturelle a glissé hors de son fourreau. Un éclair a brillé dans son œil avec un bruitage de lames et l’Arche tout entière s’est jetée au combat dans un cri, le sien : « La fête est terminée, Stratéguerres ! »

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Alex D. Jestaire a publié en 2007 une errance dégorgeant substances et napalm, Tourville (Au Diable Vauvert), dont personne ici ne s’est totalement remis, suivi trois ans plus tard d’un trop bref polar, Elysée Noire 666 (La Tengo). Bonne nouvelle, il déclare avoir « remis le pied à l’étrier de l’écriture ».