Sortie en DVD de Capitaine Achab de Philippe Ramos, cinéma épique et littéraire.

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« Librement adapté du roman d’Herman Melville, Moby Dick. » L’adverbe est important, car il s’agira, au final, du récit de la vie de l’impétueux capitaine Achab, de sa naissance à sa mort emporté par la baleine blanche ; l’enfance est si précisément racontée que, sur une heure quarante de film, la part issue du livre ne dure que dix-huit minutes ! Dix-huit minutes pour résumer le roman-monstre, les sept cent pages consacrées au mythologique cétacé ! Les puristes crieront au scandale, mais noyons-les ces puristes, par-dessus-bord. Nous voilà face à une sorte d’Achab Begins, focalisé sur un enfant des bois n’ayant d’autre souhait que de devenir chasseur « comme son père », mais que tout son entourage soupçonne d’avoir choisi « le mal », incarné par une sorte de petit Jean-Pierre Léaud, buté.

Au creux du film, il est ainsi décrit, héroïquement, en voix-off : « Bâti en force, il venait droit sur vous, les épaules légèrement voutées, la tête en avant, le regard noir qui faisait penser à un taureau prêt à charger. Du haut de ses 10 ans, jamais le petit homme n’avait laissé transparaître une once de faiblesse. Pourtant, pour tous ceux du Vermont, l’histoire d’Achab s’était achevée cruellement sous les coups d’un bandit de grand chemin. Mais le gamin avait tout prévu : il trouva dans la cabane du paternel un maigre butin, des balles mais pas de fusil, une pipe et du vieux tabac desséché, une cruche avec un fond de whisky, une corde et la vieille bible de sa mère. Tout cela lui suffirait pour les premiers temps, pensait-il. »

Prêt à gifler le soleil
Vous entendez ce souffle ? Si rare en France ! Il faut saluer la volonté d’un metteur en scène, distingué d’un prix de la mise en scène au festival de Locarno en 2007 pour ce second long-métrage, de proposer une œuvre au confluent du cinéma d’aventure et de la littérature, court et dense, privilégiant la concision aux grands effets – très peu de musique – filmant ses décors avec une contemplation toute malickienne, reconstituant la Nouvelle-Angleterre avec peu. Côté casting, Denis Lavant, jouant Achab adulte, est parfait, taiseux, « prêt à gifler le soleil » ; Jean-François Stévenin, père bourru, se montre minéral, l’acteur suisse Carlo Brandt captive en ecclésiastique dépassé par son disciple, et Philippe Katerine amuse en dandy « sans défaut » adepte du martinet.

Le réalisateur Philippe Ramos en impose : on attend beaucoup de sa vision de Jeanne d’Arc, intitulée Jeanne Captive, qui sortira sur les écrans en décembre, avec Clémence Poésy dans le rôle-titre, mais aussi Thierry Frémont, Mathieu Almaric et de nouveau Jean-François Stévenin. Parmi les extraits qui circulent déjà sur le Net, il est une scène où des Anglais emmènent la pucelle à la mer et, troublant, on entend mot pour mot une réplique tirée de Capitaine Achab. « On l’appelle l’Océan. Et après Dieu, c’est à lui que tous les hommes doivent obéir. » Deux films, deux mythes, explicitement reliés.

R. G.

Capitaine Achab, Philippe Ramos, 2007 (DVD Arte Editions)