A Touch of Sin veut rendre coup pour coup, de préférence dans la gueule, à la mondialisation. Rouge sang et rogne noire.
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©Xstream Pictures Beijing

La Chine. Quiconque a vu un ou plusieurs Jia Zhang-Ke (Still Life, The world, 24 city, Platform…) sait que c’est son grand sujet. Mais personne ne pouvait s’attendre à la manière avec laquelle il l’aborde dans A Touch of Sin. À partir de faits divers glanés sur des blogs recensant crimes et corruptions diverses, il a tricoté un film à sketches. Un mineur qui ne supporte plus la corruption des officiels de son village, un jeune travailleur qui découvre le pouvoir que procure une arme à feu, une hôtesse d’accueil dans un sauna harcelée par un riche client, un ouvrier enchaîne les jobs dans des conditions de plus en plus humiliantes.
Quatre histoires, disséminées dans divers endroits du pays, englobent son histoire contemporaine, comment la mondialisation amplifie le déséquilibre entre les classes sociales. Le thème n’est pas nouveau chez Jia, la colère oui. Jusque-là il signait des œuvres d’apparence placide, laissant parler les choses d’elles-mêmes par une forme documentaire. Mais là, dès l’entrée en matière (trois types massacrés avant même que le générique n’aie commencé), le cinéaste annonce la couleur : rouge sang et rogne noire.

Mortel péché
La violence n’a jamais été absente du cinéma de Jia Zhang-Ke, mais la voici qui en est le cœur même. Ce, pour mieux poser la question de ce qui est le plus insupportable : un visage giflé à coups de liasses de billets ou des éclats de gore vermillon ? Avant, Jia suggérait, aujourd’hui il frappe. Et pas qu’au portefeuille de la nouvelle classe dominante chinoise. Si A Touch of Sin fait aussi mal, c’est aussi par son refus d’un héroïsme, du didactisme d’une lutte entre les bons prolos et les riches salauds. Personne n’est épargné, les hommes comme les décors, déserts décharnés ou bâtiments au bord de la décrépitude. C’est une gangrène qui irrigue le film, pourrit jusqu’à la terre.
A Touch of Sin tire sur les limites, celles de ce que l’on peut montrer à l’écran, comme celle de ce qu’un peuple peut endurer. Elles lâchent quand il est à la fois possible d’adorer ce qui prend parfois l’apparence d’un western ou d’un film de sabre (le titre est une allusion directe à A Touch of Zen (King Hu, 1971), l’un des sommets du genre) au ton pop – ah cet humour à froid ou ces taches de couleurs tous azimuts, des morceaux de pastèque ou de tomates – et d’être horrifié par ce qui est exprimé. Jusqu’à d’ailleurs rectifier le genre auquel vraiment le rattacher : du cinéma d’horreur économique.

A Touch of Sin
Jia Zhang-Ke
Le 11 décembre

Par Alex Masson